Levée de fonds citoyenne / Décider de se lancer

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Une fois les fondations posées, la vision clarifiée, le modèle économique construit et le cadre juridique choisi, il reste une question à se poser franchement avant de se lancer dans une levée de fonds citoyenne : est-ce qu'on veut vraiment le faire ? Parce que c'est un engagement considérable en temps, en énergie et en organisation.

Cette page explore les raisons de se lancer, les conditions à réunir, la responsabilité éthique que ça engage et le vrai critère de go/no-go.


Un engagement massif en temps et en énergie[modifier | modifier le wikicode]

Il faut être clair là-dessus : une levée de fonds citoyenne demande énormément de travail. Là où une levée classique peut se résumer à convaincre un ou deux investisseur·euses autour d'une table, une levée citoyenne implique de mobiliser des centaines voire des milliers de personnes une par une s'il le faut.

Concrètement il faut construire et animer toute une stratégie de communication, produire du contenu régulièrement, aller distribuer des flyers sur les marchés et organiser des événements. Il faut aussi tenir des permanences, relancer les contacts, animer les réseaux sociaux, coordonner une équipe de bénévoles (ou de salariés) et gérer les questions des contributeur·rices. C'est un projet dans le projet qui demande une équipe engagée et disponible sur la durée.

Il faut aussi être réaliste sur les résultats : une levée citoyenne n'atteint pas toujours les sommets espérés. Il faut intégrer dès le départ la possibilité de lever moins que prévu. Ce n'est pas forcément dramatique si d'autres voies permettent de trouver les financements manquants.

Et pour être tout à fait honnête, il est parfois presque plus simple d'aller convaincre un·e investisseur·euse privé·e d'apporter une somme significative avec un retour sur investissement plus élevé. En termes de ratio effort/résultat purement financier, la levée citoyenne n'est pas nécessairement la voie la plus efficace.


Alors pourquoi le faire ?


Consolider des fonds propres quand on n'en a pas[modifier | modifier le wikicode]

C'est l'un des arguments les plus concrets. Les projets à impact social sont souvent portés par des collectifs qui n'ont pas de capital personnel important à mettre sur la table. La levée citoyenne permet de constituer des fonds propres en sollicitant le public, ce qui change fondamentalement la donne dans le montage financier.

Plus on a de fonds propres, moins on a besoin d'emprunter. Et moins on emprunte, moins les remboursements pèsent sur le modèle économique. C'est un cercle vertueux : un endettement réduit permet de proposer des tarifs plus accessibles, de ne pas tout faire payer et de maintenir la dimension sociale du projet sans être étranglé par les mensualités bancaires.

Au-delà du niveau d'endettement, les fonds propres conditionnent aussi l'accès au crédit bancaire. La banque exige un certain pourcentage d'apport : 15, 20, 30, parfois 40 % selon le profil du projet. Sans ces fonds propres, la porte de la banque reste fermée. La levée citoyenne peut combler cet écart. Et l'effet est double : non seulement elle apporte les fonds nécessaires, mais elle envoie à l'établissement bancaire le signal rassurant d'un projet qui a su mobiliser des centaines de citoyen·nes autour de lui.


Construire une communauté et tester son projet[modifier | modifier le wikicode]

L'un des bénéfices les plus puissants d'une levée citoyenne ne se mesure pas en euros. En mobilisant largement, on construit une communauté bien avant l'ouverture du lieu. Le jour où les portes s'ouvrent, on ne part pas de zéro : il y a déjà des gens qui connaissent le projet, qui s'y identifient et qui en parlent autour d'eux.

C'est aussi un excellent test grandeur nature. Si les gens financent, c'est qu'ils sont convaincu·es. C'est un indicateur concret que le projet répond à un vrai besoin. Si la mobilisation ne prend pas, c'est un signal qu'il faut peut-être réévaluer certains aspects du projet. C'est une forme de validation par le terrain bien plus parlante qu'une étude de marché théorique.


La condition préalable : un projet qui parle aux gens[modifier | modifier le wikicode]

Pour que des citoyen·nes acceptent de mettre la main au portefeuille, il faut que le projet les touche. Les projets qui réussissent leurs levées citoyennes portent une vision collective dans laquelle chacun·e peut se reconnaître. Un tiers-lieu culturel, un espace associatif ouvert sur son quartier et un projet alimentaire local fonctionnent parce qu'ils touchent à des valeurs largement partagées : le lien social, la solidarité, la culture et l'écologie. Les gens donnent pour une histoire et une vision du monde, pas pour un business plan.

À l'inverse un projet perçu comme purement privé ou déconnecté des enjeux du territoire aura beaucoup plus de mal à mobiliser. C'est un constat pragmatique.


Une responsabilité éthique vis-à-vis des contributeur·rices[modifier | modifier le wikicode]

Ce pouvoir de mobilisation s'accompagne d'un devoir. Une levée citoyenne engage la confiance de gens qui souvent n'ont pas des moyens démesurés. Ils mettent 50, 100, 500 euros parce qu'ils croient en ce que le collectif incarne.

Cette confiance impose une exigence de sincérité à deux niveaux. D'abord l'authenticité des valeurs : un collectif qui lance une levée citoyenne doit réellement incarner les valeurs qu'il met en avant. Si la dimension sociale n'est qu'une façade, ça finit toujours par se voir et ça nuit à l'ensemble de l'écosystème des projets citoyens.

Ensuite la conviction honnête que le projet peut fonctionner. On ne prend pas l'argent des gens si on ne pense pas en son âme et conscience que le projet va réussir. Le risque zéro n'existe pas et entreprendre demande d'accepter une part d'incertitude. Mais il y a une différence entre prendre un risque mesuré et foncer dans le mur en embarquant les autres avec soi. Un modèle économique fragile, un plan de financement irréaliste ou une équipe insuffisante, si les signaux sont au rouge, il vaut mieux avoir le courage de ne pas lancer sa levée.


Le vrai critère de go/no-go[modifier | modifier le wikicode]

Le déclencheur est l'état du dossier de financement, pas la taille de la communauté ni le nombre de followers sur les réseaux sociaux. Quand le collectif a terminé de concrétiser ses idées en chiffres, quand le modèle économique atteint un équilibre, quand le plan de financement est construit et qu'on sait comment rembourser l'argent emprunté ou confié, alors le projet est prêt à aller chercher la confiance des citoyen·nes.

Si ces critères (fondations des pages 1, 2 et 3) sont réunis, les facteurs de réussite détaillés dans les pages suivantes permettront de structurer et d'amplifier la mobilisation.


Ressources pour aller plus loin[modifier | modifier le wikicode]

Levée de fonds solidaire

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