Levée de fonds citoyenne / Choisir ses outils financiers

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Avant de fixer des objectifs de levée, il faut savoir quels outils on a à disposition. Il existe plusieurs mécanismes de financement citoyen. Chacun a ses avantages, ses limites et ses implications. Tous ne conviennent pas à tous les projets : le choix dépend des valeurs du collectif, de la structure juridique retenue et de la stratégie globale de financement.

Ce tour d'horizon n'a pas vocation à être exhaustif sur le plan juridique. Chaque mécanisme mériterait un guide à lui seul. L'objectif ici est de donner une vision d'ensemble suffisamment claire pour que chaque collectif puisse identifier les leviers pertinents pour son projet et engager les bonnes discussions avec ses conseils juridiques et financiers.


Le rendement dans un projet à impact[modifier | modifier le wikicode]

Les investisseur·euses classiques recherchent des taux d'intérêt élevés. Dans un projet à fort impact, la logique s'inverse : le rendement proposé est plus faible et la différence est compensée par l'impact social, sociétal ou environnemental du projet. Cette logique rend la levée plus exigeante. Une partie des investisseur·euses n'y adhère pas, ou seulement dans une logique de diversification. Elle protège pourtant l'essentiel : un projet à impact qui s'aligne sur les rendements du marché glisse vite vers une logique commerciale. La rentabilité est une condition de survie du projet. L'objectif premier reste l'impact.

Les fourchettes de taux données dans cette page correspondent à cette logique citoyenne. Des projets de l'ESS financés via des plateformes d'investissement à impact peuvent proposer des taux nettement plus élevés, proches du marché.


Les outils de l'association[modifier | modifier le wikicode]

Le don défiscalisé[modifier | modifier le wikicode]

C'est le levier le plus connu de l'association. Lorsqu'une association est reconnue d'intérêt général, que ce soit par un rescrit fiscal officiel ou en s'en prévalant de fait comme évoqué dans la page Choisir un modèle juridique, les dons qu'elle reçoit ouvrent droit à une réduction d'impôt : 66 % du montant pour les particuliers, 60 % pour les entreprises.

Le don est un outil puissant pour amorcer une dynamique de levée. Les donateur·rices font un geste concret et la déduction fiscale rend l'effort plus accessible : un don de 100 euros ne coûte en réalité que 34 euros à une personne imposable (la réduction s'impute sur l'impôt dû, dans la limite de 20 % du revenu imposable, mais étalable jusqu'à 5 ans). C'est une manière pour chaque citoyen·ne de flécher une partie de son impôt vers un projet qui lui tient à cœur.

En revanche un don reste un don : les contributeur·rices ne récupèrent pas leur argent. Même avec la déduction fiscale, une partie est définitivement engagée. Cela en fait un excellent levier de mobilisation à des montants accessibles pour un grand nombre de personnes, mais il ne suffira généralement pas à lui seul à couvrir les besoins en fonds propres d'un projet immobilier.

L'apport associatif avec droit de reprise[modifier | modifier le wikicode]

Moins connu, l'apport associatif est pourtant un outil intéressant. Il s'apparente à un prêt à taux zéro consenti par un membre de l'association, qui apporte une somme à la structure sans contrepartie financière avec la possibilité de récupérer son capital à terme. C'est l'équivalent pour le monde associatif du compte courant d'associé dans une société commerciale, à la différence qu'il n'est pas rémunéré.

L'apport associatif permet à des sympathisant·es de soutenir le projet de manière significative en sachant que leur mise reste récupérable. C'est un mécanisme rassurant pour les contributeur·rices qui veulent s'engager au-delà du don sans pour autant investir dans une structure commerciale.


Les outils de la société commerciale (SAS)[modifier | modifier le wikicode]

Les actions[modifier | modifier le wikicode]

Vendre des actions, c'est proposer à des citoyen·nes de devenir associé·es de la société. Chacun·e détient sa part du gâteau. En soi c'est une belle image.

Mais les actions prennent de la valeur avec le temps. Et pour une société qui détient un bien immobilier, cette valorisation provient du remboursement progressif de la dette et de l'évolution du marché. Cela pose une question éthique : quand un·e associé·e revend ses parts, leur valeur a pu sensiblement augmenter. Le collectif a-t-il les moyens de les racheter ? Et veut-on alimenter un mécanisme spéculatif sur un bien immobilier, alors que la spéculation est l'une des causes du mal-logement ? Si le projet porte des valeurs de solidarité, cette contradiction mérite d'être regardée en face.

Les comptes courants d'associés[modifier | modifier le wikicode]

Le compte courant d'associé est une forme de prêt qu'un·e associé·e consent à la société. Dans une logique citoyenne il est rémunéré par un taux d'intérêt modeste, souvent entre 0 et 3 %. Son principal avantage est sa souplesse : les conditions, durée, taux, modalités de remboursement sont définies librement entre l'associé·e et la société dans le cadre de certaines limites légales sur les taux d'intérêt.

C'est un outil pratique et relativement peu encadré qui permet de mobiliser des sommes auprès de proches ou de sympathisant·es engagé·es. Les contributeur·rices récupéreront leur capital majoré d'un petit intérêt ; c'est moins risqué que l'action, mais cela suppose d'être déjà associé·e de la structure.

Les obligations (contrats obligataires)[modifier | modifier le wikicode]

L'obligation est un mécanisme de dette structurée. Plutôt que de partager la propriété de la société, on partage une dette : le collectif émet des titres de créance que des citoyen·nes achètent pour une durée et un taux d'intérêt fixés à l'avance. C'est comparable dans le principe à un bon du Trésor, mais à l'échelle d'un projet local.

L'obligation offre une grande visibilité : date d'entrée, date de sortie et rendement sont connus dès la souscription. Dans une levée citoyenne les taux proposés restent généralement entre 1 et 4 %. À titre d'exemple un taux de 3 % par an sur cinq ans représente un rendement cumulé de 15 % en intérêts simples versés en plus du remboursement du capital.

Un point pratique à ne pas négliger : chaque versement d'intérêts à chaque obligataire implique une déclaration fiscale. Sur un volume important de souscripteur·rices le coût administratif de ces déclarations peut dépasser le montant des intérêts eux-mêmes. C'est pour cette raison que certains projets (dont l'ECREVIS) ont fait le choix de verser l'ensemble des intérêts au terme du contrat plutôt qu'annuellement.

En contrepartie de cette clarté l'obligation est plus encadrée juridiquement. La mise en place d'un contrat obligataire nécessite généralement l'intervention d'un·e avocat·e et dans la plupart des cas la désignation d'un·e commissaire aux comptes.

Point de vigilance juridique : proposer des actions ou des obligations au grand public constitue une offre au public de titres financiers interdite aux SAS en dehors de cas précis : un cercle restreint de moins de 150 personnes sollicitées, des investisseurs qualifiés, ou une campagne portée par une plateforme de financement participatif agréée (PSFP plafonnée à 5 M€ sur douze mois). Avant toute communication publique sur une vente de titres, faire valider le mode de placement par un·e avocat·e.


Les outils de la société coopérative (SCIC)[modifier | modifier le wikicode]

Les parts sociales[modifier | modifier le wikicode]

La part sociale est l'outil emblématique de la coopérative et c'est là que réside l'un de ses atouts les plus puissants. Contrairement à l'action la part sociale ne prend pas de valeur avec le temps. Une part achetée 100 euros sera remboursée au maximum 100 euros, jamais davantage. En cas de pertes imputées sur le capital, sa valeur de remboursement peut cependant être réduite. Aucune spéculation n'est possible, mais le capital n'est pas garanti pour autant.

Pour un projet qui porte des valeurs de solidarité et d'accessibilité, c'est un argument de cohérence majeur. On propose aux citoyen·nes de devenir copropriétaires d'un projet sans pour autant alimenter la logique spéculative. Les statuts peuvent prévoir un intérêt annuel plafonné servi aux parts, qui compense en partie l'érosion monétaire.

La SCIC peut également recourir aux comptes courants d'associés et aux obligations selon les mêmes principes que la SAS.

Les titres participatifs[modifier | modifier le wikicode]

Le titre participatif est propre aux coopératives. C'est un titre de créance sans échéance fixe : il est remboursable à l'initiative de la coopérative après un délai minimal de sept ans ou en cas de liquidation. Sa rémunération comporte obligatoirement une partie fixe (comme pour l'obligation) et une partie variable liée à l'activité ou aux résultats de la structure. La différence majeure avec l'obligation : les souscripteur·rices ne peuvent pas exiger de remboursement à date fixe. C'est un placement patient au service du projet. Pour une coopérative en développement, cette souplesse est précieuse. Pour les contributeur·rices, c'est un engagement de long terme dont il faut avoir conscience dès la souscription.


Un levier fiscal transversal : l'agrément ESUS et la réduction IR-PME[modifier | modifier le wikicode]

L'agrément ESUS (Entreprise Solidaire d'Utilité Sociale) est délivré par la préfecture aux structures de l'ESS qui remplissent certains critères : utilité sociale comme objectif principal, encadrement des salaires, limitation de la distribution des bénéfices, gouvernance participative.

Les particulier·ères qui investissent dans le capital d'une société agréée ESUS, que ce soit en actions (SAS) ou en parts sociales (coopérative), bénéficient d'une réduction d'impôt sur le revenu de 25 % du montant investi (taux susceptible d'évoluer avec les lois de finances), dans la limite de 50 000 € de versements par an et en contrepartie d'un engagement de cinq ans minimum. Attention : pour les sociétés à activité immobilière, l'éligibilité est restreinte aux structures de gestion immobilière à vocation sociale.

Pour une coopérative l'effet est particulièrement intéressant. La part sociale ne prend pas de valeur et ne génère pas de dividendes, ce qui freine certain·es investisseur·euses. La réduction IR-PME change la donne : une part de 100 euros ne coûte en réalité que 75 euros après déduction fiscale. Un·e sociétaire qui récupère ses 100 euros au bout de cinq ans aura réalisé un gain fiscal net de 25 %, ce qui rend la part sociale compétitive par rapport à d'autres placements tout en restant cohérent avec la non-spéculation. La durée d'engagement de cinq ans garantit aussi à la structure une stabilité de ses fonds propres, ce qui rassure les partenaires bancaires.


Choisir et panacher ses outils[modifier | modifier le wikicode]

Aucun de ces mécanismes n'est supérieur aux autres dans l'absolu. Chacun a sa logique, son public et ses limites. Le choix dépend des valeurs du collectif, de sa structure juridique, de ses besoins financiers et de sa capacité à gérer la complexité administrative qui en découle.

La première étape est d'éliminer les mécanismes qui ne correspondent pas aux valeurs du projet. Si la non-spéculation est un principe fondateur, les actions de SAS peuvent être écartées d'emblée. Si la simplicité prime, on évitera les montages impliquant plusieurs instruments et plusieurs structures.

La seconde étape est de panacher. Dans la plupart des projets un seul mécanisme ne suffit pas. Le don permet de mobiliser large à des montants accessibles, mais les sommes collectées restent modestes. Les parts sociales ou les obligations permettent de lever davantage, mais s'adressent à un public plus engagé. Combiner plusieurs outils, par exemple du don via l'association et des parts sociales ou des titres participatifs via la coopérative, permet de toucher des profils de contributeur·rices différents et de maximiser la collecte.

Ce panachage a aussi des implications sur le montage juridique : les outils disponibles dépendent de la forme juridique de la structure. C'est pourquoi le choix des instruments de financement et le choix du modèle juridique se construisent en miroir. Voir la page Choisir un modèle juridique.


Tableau de synthèse des outils financiers[modifier | modifier le wikicode]

Outil Structure porteuse Mise récupérable ? Rémunération Spéculation possible
Don défiscalisé Association Non Aucune (réduction fiscale 66 % particuliers, 60 % entreprises) Non
Apport associatif avec droit de reprise Association Oui Aucune (taux zéro) Non
Actions SAS Oui (à la revente) Dividendes éventuels Oui (valorisation selon marché)
Compte courant d'associé SAS ou SCIC Oui Intérêts (0 à 3 % en logique citoyenne) Non
Obligations SAS ou SCIC Oui Intérêts fixes (1 à 4 % en logique citoyenne) Non
Parts sociales SCIC Oui, au nominal au mieux (réduit en cas de pertes) Intérêts limités (statuts) Non
Titres participatifs SCIC À l'initiative de la coopérative, après 7 ans minimum Intérêts : partie fixe + partie variable Non


Ressources pour aller plus loin[modifier | modifier le wikicode]

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