Levée de fonds citoyenne / Choisir un modèle juridique
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- Thème : Ressources financières
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- Mots clefs: Juridique, Association, SCIC, SAS, ESS
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- Maturité: Démarré
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- Date de dernière mise à jour : 2026/07/23
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- Auteurs: Romain Bidot
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- Organisme: Romain Bidot, ANTL
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- Tiers-Lieu: ECREVIS
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Le modèle juridique est un outil au service de tout ce qui a été construit précédemment. Il vient servir le modèle économique, le plan de financement, les valeurs du projet et la manière dont on envisage la gouvernance du lieu. C'est en partant de ces besoins concrets qu'on choisit la ou les formes juridiques les plus adaptées et non l'inverse.
Pour les projets immobiliers d'intérêt collectif, quatre grandes formes reviennent régulièrement : l'association loi 1901, la SAS (ou SASU), la SCI et la SCIC. Il est aussi courant de les combiner au sein d'un même montage.
Les principales formes juridiques[modifier | modifier le wikicode]
Pour les projets immobiliers d'intérêt collectif, quatre grandes formes reviennent régulièrement sur la table.
L'association loi 1901[modifier | modifier le wikicode]
C'est la forme la plus naturelle pour les projets à vocation sociale ou culturelle. Elle bénéficie d'une excellente image auprès du public. C'est un atout majeur quand il s'agit de mobiliser un territoire. C'est aussi la structure la plus adaptée pour intégrer des bénévoles. Et si l'association est reconnue d'intérêt général, elle ouvre la porte au don défiscalisé. C'est un levier décisif pour les campagnes de financement participatif, l'accès aux subventions publiques et le mécénat de fondations.
Un point important sur l'intérêt général : il peut être officialisé par un rescrit fiscal délivré par l'administration. Mais il est aussi possible de s'en prévaloir de fait dès lors que l'association remplit l'ensemble des critères requis (gestion désintéressée, activité non lucrative, absence de fonctionnement au profit d'un cercle restreint, entre autres). Dans ce cas il faudra être en mesure de justifier le respect de ces critères en cas de contrôle. Les deux approches sont légitimes. L'une offre une sécurité juridique formelle, l'autre de la souplesse.
À retenir : la législation fiscale interdit strictement d'utiliser des fonds ayant donné lieu à des déductions fiscales pour financer une activité commerciale. C'est une règle fondamentale à intégrer dès la conception du montage juridique.
La SAS (ou SASU quand elle n'a qu'un seul·e associé·e)[modifier | modifier le wikicode]
C'est la forme commerciale la plus flexible du droit français. C'est aussi la moins encadrée législativement. Cela permet de créer sur mesure la gouvernance que l'on souhaite. Elle offre des mécanismes financiers utiles : émission d'actions, obligations, comptes courants d'associé·es. Et elle présente un avantage non négligeable : la responsabilité des associé·es est limitée au montant de leurs apports.
Pour un projet à dimension sociale ou solidaire, le choix d'une SAS peut susciter des interrogations d'image. Mais sa flexibilité permet justement de mettre en place des verrous statutaires qui protègent le projet contre les dérives : clauses d'agrément, plafonnement des dividendes, objet social verrouillé, encadrement des cessions d'actions. Bien conçus, ces mécanismes peuvent rendre une SAS aussi protectrice qu'une coopérative tout en conservant sa souplesse opérationnelle.
La SCI (Société Civile Immobilière)[modifier | modifier le wikicode]
C'est une forme qui revient régulièrement dans les discussions autour des projets immobiliers. C'est sa vocation première. Elle peut être utile dans certaines configurations notamment pour isoler le patrimoine immobilier du reste de l'exploitation. Cependant elle présente une limite importante : la responsabilité des associé·es n'est pas limitée à leurs apports. En cas de difficulté chaque associé·e peut être poursuivi·e sur son patrimoine personnel au-delà de son investissement initial, à proportion de ses parts dans le capital. Pour cette raison elle reste moins fréquente dans les projets collectifs d'intérêt général que les autres formes évoquées ici.
La SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif)[modifier | modifier le wikicode]
Cette forme est particulièrement intéressante pour les projets qui veulent incarner leurs valeurs jusque dans leur structure juridique. C'est une société commerciale qui fonctionne selon les principes coopératifs : une personne égale une voix quelle que soit la part de capital détenue. Les parts sociales ne prennent pas de valeur avec le temps. Cela empêche toute spéculation. La SCIC doit associer au moins trois catégories d'associés dont les salarié·es (ou producteur·rices) et les bénéficiaires ; la gouvernance peut en outre s'organiser en collèges représentant les différentes parties prenantes du projet, usager·ères, salarié·es, collectivités, partenaires.
La SCIC dispose de mécanismes financiers qui lui sont propres comme les parts sociales et les titres participatifs, qui offrent des possibilités de financement adaptées aux projets de l'ESS. C'est une structure qui reflète de fortes valeurs de gouvernance partagée et de non-lucrativité. Cela peut être un signal puissant vis-à-vis des partenaires et du territoire.
Comparatif synthétique[modifier | modifier le wikicode]
| Association | SAS/SASU | SCI | SCIC | |
|---|---|---|---|---|
| Responsabilité des dirigeant·es | Pas de responsabilité automatique | Pas de responsabilité automatique | Automatique quand le ou la gérant·e est aussi associé·e (cas le plus courant) : dettes assumées sur le patrimoine personnel à proportion des parts | Pas de responsabilité automatique |
| Gouvernance | AG des membres | Sur mesure (statuts) | Selon statuts | 1 personne = 1 voix, collèges |
| Outils financiers | Dons défiscalisés, apports associatifs | Actions, obligations, comptes courants | Parts sociales, comptes courants | Parts sociales, titres participatifs, obligations |
| Image publique | Très positive (intérêt général) | Neutre à méfiante | Neutre | Positive (coopérative, ESS) |
| Spéculation possible | Non | Oui (valorisation des actions) | Oui | Non (parts à valeur fixe) |
Dans toutes ces formes, les dirigeant·es peuvent être mis·es en cause personnellement dans deux cas : une faute de gestion (les tribunaux se montrent plus indulgents avec les dirigeant·es bénévoles) ou une caution personnelle d'emprunt, une garantie que les banques demandent souvent aux associations.
Combiner plusieurs structures[modifier | modifier le wikicode]
Il est tout à fait courant et souvent pertinent de combiner plusieurs formes juridiques au sein d'un même projet. Une SAS pour le portage immobilier adossée par exemple à une association pour la vie sociale et culturelle ou à une SCIC pour l'exploitation.
Ces montages multi-structures permettent de cumuler les avantages de chaque forme : l'image et la capacité de collecte de l'association, la flexibilité et la limitation de responsabilité de la SAS, la gouvernance partagée de la SCIC. Mais ils ont un coût qu'il ne faut pas sous-estimer : chaque structure supplémentaire ajoute sa comptabilité, ses assemblées générales, ses procès-verbaux, ses obligations déclaratives. Cela alourdit la charge financière et le temps de gestion même en mutualisant au sein d'un même cabinet comptable.
Le choix entre simplicité (une seule structure) et sophistication (plusieurs structures imbriquées) doit se faire en fonction de la taille du projet, de la complexité du montage financier et de la capacité réelle du collectif à gérer cette complexité dans la durée.
Se faire accompagner[modifier | modifier le wikicode]
Quel que soit le choix envisagé, cette étape appelle un accompagnement expert. Un·e avocat·e spécialisé·e en droit des affaires est un minimum idéalement complété par des compétences en droit fiscal. Et surtout il est important de chercher un·e professionnel·le familier·ère de l'économie sociale et solidaire : c'est un domaine qui a ses propres logiques, ses propres dispositifs et ses propres subtilités, que tous les praticien·nes ne maîtrisent pas nécessairement.
Le modèle juridique n'est pas figé, comme les étapes précédentes. Il pourra évoluer au fil du projet. Il pourra s'ajuster aux réalités du financement et de l'exploitation. Mais les choix structurants doivent être posés avec soin, car ils engagent le projet sur le long terme et déterminent en grande partie les possibilités de financement, de gouvernance et de développement futur.
Ressources pour aller plus loin[modifier | modifier le wikicode]
Portail officiel des SCIC
- Les SCIC, Confédération générale des Scop et Scic
- Les SCIC, Créer une SCIC : choisir le statut coopératif
Ressources ESS
Pages liées sur Movilab