Corémunération

De Movilab.org

Créer son budget contributif

Un budget contributif, c’est quoi ? 

  • Définition : 

Un budget contributif est un outil de rétribution qui permet à un collectif de s’autogérer financièrement de façon transparente et démocratique. 

Concrètement, le collectif dispose d’une enveloppe, d’un budget, et va permettre à ses membres de se rétribuer selon leur implication dans le projet. Chaque membre pourra ainsi prélever sa rémunération selon ce qu’il estime juste, et ce en l’affichant en toute transparence au reste du collectif, qui pourra en cas d’abus remettre en question son estimation. 

La rémunération se fait à posteriori où nous "donnons" d'abord le meilleur de nous même, puis 'nous nous donnons" une rétribution que seul nous même pouvons vraiment évaluer. C'est une sorte d'inversion du prix libre que l'on pourrait appeler "rétribution libre" ou "rémunération libre" 

Pourquoi c’est utile  ? 

  • Ce budget contributif permet aux personnes de se partager une même enveloppe. Si en cas de salariat ordinaire, cette enveloppe ne pourrait offrir qu’un temps-plein à une seule personne, ici, pour un temps plein, on peut avoir plusieurs membres qui se partagent une même enveloppe. 
  • Ce budget contributif permet également de répondre à nos valeurs d’horizontalité. Tous les membres contribuent et se rémunèrent selon leur travail, sans hiérarchisation des tâches (il n’y a pas de contribution de “chef” ni d’ “employé”.) Le fait que chaque membre peut à tout moment non seulement voir ce que les autres membres prélèvent, mais également s’y opposer, en fait un outil démocratique intéressant. 

De où ça vient ?

C'est une longue histoire, mais un certain Benjmain Mako Hill disait "Il est plus facile pour un projet de logiciel libre à succès de recevoir de l'argent que de décider de comment le redistribuer".

Cette remarque s'appliquait tellement bien dans les "communs", ou dans les projets autogérés. Des endroits où souvent la contribution est dite assez libre, où elle se veut ouverte à tous, sur ce que chacun souhaite et au moment voulu. Bref, des espaces où rémunérer les personnes s'avère compliqué ! Cherchez d'ailleurs à rémunérer les contributeurs à Wikipedia ? C'est très particulier comme mode de travail, il faut donc un mode de rémunération lui aussi différent.

Un autre certain Alexandre, pour justifier un refus de donner une subvention, nous disait aussi "Si je vous donne de l'argent dans votre projet cogéré, votre collectif va rentrer en conflit et disparaître".

Il a donc fallu trouver des solutions ;-)

Comment créé-t-on un budget contributif ? 

Coremuneration.png

Etape 0 :  Partager un Document

Voici un modèle à adapter

 Un logiciel, Loot, est en cours de développement.

Etape 1 : Disposer d’un budget

Pour bien commencer, mieux vaut disposer d’un budget, qui sera l’enveloppe dans laquelle les contributeurs vont prélever selon leurs interventions. 

Par souci de transparence, il faut donner la provenance de ce budget (=somme des subventions obtenues). 

Il faut préparer une case “Budget restant” pour évaluer en temps réel l’évolution du budget. 

Etape 2 : se mettre d’accord sur un tarif horaire de base ou à ne pas dépasser.

Pour éviter que certains se sous-payent et d’autres se sur-payent, il est bon d’avoir un référentiel plébiscité par le collectif. 

Nous définissons néanmoins notre rémunération avec un certain "flou" par rapport au nombre d'heures passées, nos besoins financiers, nos compétences, la difficulté ou l'exigence de la réalisation et l’intérêt individuel de la réalisation. Il faut prendre en compte l'ensemble du temps passé ( ce que l'on ne fait pas toujours en prestation). Et bien sûr libre à chacun de suivre le taux horaire indiqué ou de se rétribuer plus, moins ou même pas du tout. Par exemple, si notre contribution au collectif apport un intérêt individuel fort, il peut être justifié de se rémunérer moins que si ce n’était pas le cas. Par exemple, si j'améliore mon tiers lieu que j'utilise tous les jours, je bénéficie donc directement de l'amélioration. C’est ce qui explique d’ailleurs d’un projet comme Wikipedia n’a pas besoin de rémunérer ses contributeurs pour fonctionner. 

Ce tarif horaire maximum ou de référence complexe à déterminer mais peut-être creusé par rapport aux coûts d'un salarié au régime général.[1]

Etape 3 : Lister les noms des contributeurs

Ils sont le coeur du budget contributif, ils doivent tous avoir un accès modifiable au document.  

Etape 4 : Contribuer “à la carte”

Dans la “partie contribution”, on dispose d’un tableau hebdomadaire (on le rythme une colonne par dimanche, pour permettre aux contributeurs de travailler le week-end) et annuel. 

Le contributeur va alors pouvoir indiquer les montants qu’il prélève, et les justifier en insérant une “remarque” sur la cellule correspondante. 

Pour ce faire, pas besoin d’écrire un roman, mais mieux vaut être précis. 

Astuce : pour chaque contribution, vous pouvez indiquer la somme prélevée correspondante et au choix, indiquer :

  • le jour 
  • le temps passé approximatif (possible de le laisser facultatif)
  • l’activité’horaire et/ou l menée à bien

N’oubliez pas que tous les autres membres voient et peuvent s’opposer à l’évaluation que vous faites de votre contribution !

Avec cette partie contribution, on peut ainsi suivre les dépenses hebdomadaires, voire limiter son budget hebdomadaire en divisant son enveloppe par 52 semaines. 

Etape 5 : Facturer ses contributions

A force de contribuer, un certain montant s’accumule dans la “partie facturation”. Ce montant reste virtuel, il faut le récupérer en émettant une facture à la structure porteuse du dispositif. 

On indique alors dans la cellule “1ere facture” le montant qu’on a facturé, et on ajoute en “remarque” la date d’envoi de cette facture à la structure porteuse. 

Astuce : insérer dans le document un lien ou un e-mail pour faciliter l’envoi de cette facture par le contributeur. 

Rien ne nous oblige à facturer le montant total de la contribution accumulée, mais il est préférable de facturer rond, c’est-à-dire en ne coupant pas les mois. 

Par ex : je facture du 1er juin au 30 septembre, et je l’indique sur ma facture à la structure porteuse. 

En général, on émet une facture à partir du moment où on a accumulé une somme assez conséquente (mais à moins de 5000€, car les virements des comptes courants ne dépassent pas 5000€ par jour, ça va embêter le comptable de votre structure porteuse si c’est une association).

Pensez à facturer avant la fin de l’année comptable !!!

Etape 6 : Veiller au suivi des dépenses 

Avec ce budget contributif, le coordinateur ou le comptable de votre dispositif pourra suivre les dépenses en temps réel pour ajuster au mieux les activités à l’enveloppe restante (“dois-je aller chercher davantage de subventions ?”)

En y insérant un tableau de suivi des notes de frais, ainsi qu’un tableau des dépenses directes par carte bleue depuis le compte-courant du dispositif, le budget contributif peut devenir un outil incontournable pour gérer efficacement son dispositif … à condition d’avoir bien veillé à ce que tous les contributeurs remplissent régulièrement le tableau !

Autres ressources

  1. Ainsi, nous pouvons réfléchir à ce que nous coûterait un salarié avec l'ensemble des cotisations et imaginer comment pourrait être partagé ce revenu entre plusieurs personnes. Pour donner à titre indicatif un taux horaire pas très éloigné de celui d'un salarié. Par exemple, une moyenne de 22,5 € par heure correspond à une rémunération net de 1760€ ( si 35h par semaine et avec prise en compte de la mutuelle/prévoyance et congés payés et jours fériés, soit 134h/mois). 13€ correspond à un SMIC, du fait des aides Fillon, CICE et autre, les réductions de cotisations étant très fortes. Il faut que la rétribution intègre le coût de gestion administratif et comptable, les frais, la possible TVA payée par le contributeur selon son statut, la précarité du modèle si toutefois les espaces de contributions ne sont pas abondants dans l'environnement proche....