Pratiques de travail en collectif contributif ; responsabilités, engagements et transparence.

De Movilab.org

Pourquoi ce contenu ?

Nous sommes indépendants, nous travaillons sur plusieurs projets irréguliers et mouvants, nous ne disposons pas tous des mêmes compétences de gestion de projet, nous ne partageons pas les mêmes croyances ou les mêmes éthiques du travail collaboratifs

ET nous sommes réunis ensemble pour travailler avec fougue et changer le monde.

Pour quoi ce contenu ?

Pour converger vers des pratiques et des principes communs qui favoriseront le succès des projets du collectif. Avoir une base de contenus partagée qui permette de délibérer ; une base à faire évoluer en fonction des aléas et des besoins. 

De l'importance de se faire confiance et de laisser les individus libres de travailler.

Confiance à priori

Personne n'est là pour valider les choix ou le positionnement d'un tel sur telle mission. Nous faisons de choix de faire confiance aux personnes, même aux inconnus, à priori. Les personnes peuvent commencer à travailler sur un sujet sans avoir à faire valider leur décision et leur stratégie ou leur niveau de compétence. Les individus n'ont pas à demander l'autorisation de prendre une initiative lorsqu'ils estiment que celle-ci ne met pas en péril d'autres activités ou initiatives ou que le risque d'impact négatif sur le reste de l'équipe est quasi nulle.

Régulation à postériori

C'est après les actes et les actions que la régulation arrive afin de ne pas freiner en amont. La régulation a lieu lorsqu'il y a un problème uniquement, donc étant donné que dans la majorité des cas il n'y a pas de problème, le choix de la confiance est très économique. Il permet de s'économiser du temps de contrôle et validation inutile. Dans le cas où il y a un soucis, une personne au sein du collectif se charge de réguler et de prendre des décisions afin de résoudre le problème.

Exemples :

  • Quelqu'un a produit une charte de conduite pour le collectif qui ne convient pas du tout aux membres. C'est la deuxième fois que celui qui a produit cet objet se plante complétement. Il se rémunère pour ces travaux (c'est normal). La personne qui s'occupe du chantier "gestion interne" prend un temps avec l'auteur pour lui expliquer que la personne doit envisager d'intervenir sur un autre champs.
  • Quelqu'un se rémunère pour un travail qui est jugé comme insuffisant ou incomplet par le responsable du chantier. Celui-ci prend un temps avec la personne et lui indique qu'elle souhaiterait que quelqu'un d'autre s'occupe du chantier car c'est autre chose qui est attendu par le collectif et que l'argent doit servir à rémunérer une autre nature de travail.

De l’importance de savoir ce que l’on peut attendre de qui.

Mon statut vis à vis des chantiers est connu

Je suis soit “contributeur” soit “porteur de projet” et le collectif est au courant de ma posture sur les chantiers et projets concernés. Il est de ma responsabilité que le collectif comprenne bien mon statut sur les différents projets auxquels je participe (je le signale lors de la prise en charge et si mon statut évolue (même tacitement),  j’officialise rapidement auprès du collectif lors d’une revue de projet ou via les canaux de communication.)

Les porteurs de projet rendent des comptes au collectif sur l’avancée du chantier. Il est l’interlocuteur du collectif et de l’extérieur sur le projet. Il est disponible et informe le collectif de son absence en cas d’indisponibilité. Le porteur de projet a une charge mentale et des responsabilités. Il s’assure que les arbitrages sont faits (il décide ou il anime des processus délibératifs mais il assure que les décisions sont prises dans un délais pertinent vis-à-vis du projet.)  Le contributeur n’a pas de compte à rendre sur des délais, sur l’avancée du projet, il rend des compte sur la nature de ses contributions et ses rétributions si le collectif ou les porteurs de projet en font la demande. Le contributeur ne partage pas la charge mentale du porteur de projet et sait intégrer cette différence dans ses modalités de rétributions. Le contributeur fait son maximum pour informer le porteur de projet de son niveau de disponibilité et de son envie de contribuer.

Le porteur de projet en réunion partage les points sur lesquels il ressent le besoin d’avoir un feu vert ou des avis des autres membres du collectif. S’il souhaite travailler sur l'ingénierie ou le contenu de son projet il réalise un temps de travail dédié. Le porteur n’arrive pas en réunion avec des interrogations très ouvertes sur les choix qu’il doit prendre ou les actions à mener. 

Mon niveau d’engagement et de disponibilité est connu

Je peux être un porteur de projet peu disponible et peu engagé, pourquoi pas, mais le collectif doit savoir que cette mission avancera lentement. Il est plus utile pour le collectif de savoir qu’une mission ou une tâche n’est pas prise en charge que d’avoir un nom dans la case qui ne fait pas le travail attendu. 

J’informe le collectif et je prépare un minimum lorsque je m’absente longtemps (la durée est à évaluer par le porteur en fonction de la nature du projet ou de la tâche.)

Si je m’inquiète du niveau d’engagement à fournir lorsque je me saisis d’une tâche ou d’une mission, je peux proposer un statut à durée déterminée (“Je veux bien me charger de ça (je deviens le seul ou l’un des porteurs de projet) pendant trois semaines et puis je m’engagerai définitivement ou je laisserai tomber le portage”)

Ressource : Exemple de mail de lancement d'une dynamique contributive autour d'une ressource.

De l’importance de participer activement aux temps collectifs.

Les porteurs de projet participent à l’ensemble des temps collectifs. Ils alimentent l’ordre du jour au moins 4 jours avant la rencontre et participent aux échanges de préparation.

En cas d’absence il informe le collectif quelques jours auparavant et font leur possible pour participer à la préparation sur le document partagé. 

Les contributeurs participent quand ils le souhaitent. Ils peuvent ne participer qu’à la partie de la rencontre qui les concerne.

Lorsqu’ils participent à une rencontre, ils ont pris connaissance de l’ordre du jour, participé aux échanges et déposé les points qu’ils souhaitent aborder au même titre que les autres.  

De l’importance de faire des réunions efficaces

Je limite la durée de mes prises de paroles à une minute et je n’aborde qu’un point à la fois. Si je souhaite développer plusieurs points ou prendre une longue prise de parole en dehors d’un temps prévu à cet effet (présentation de quelque chose), j’informe le groupe et quelqu’un peut s’y opposer, particulièrement le facilitateur s’il estime que cela n’est pas le moment. 

Je ne change pas de sujet. Si le point en question me fait penser à une autre question que le groupe doit aborder. Je la note dans le document partagé et propose à la fin de la discussion sur ce point d’aborder quelques minutes cette nouvelle question.


Je ne propose pas de nouvelles idées en dehors des temps de recherche de solutions. Si une bonne idée me vient à l’esprit. Je l’ajoute à la fin du document partagé et la soumettrai à l’issue de la rencontre s’il reste du temps. Attention donc aux formules du type “Il faudrait que”, “nous pourrions”, etc.

Comment proposer une idée au sein d’un collectif ?

Les membres du collectif ont déjà de nombreuses idées qu’ils ne parviennent pas à concrétiser. Ils ne manquent pas d’idées mais plutôt de temps et d’énergie. Si je souhaite ajouter une dynamique à celles qui doivent déjà être mises en œuvre ou proposer aux membres d’abandonner certaines de leurs actions au bénéfice d’une nouvelle plus prioritaire :

  • Je vérifie que je suis en mesure de porter cette proposition et de piloter le projet qui en découle
  • Je m’assure que les tâches sur lesquelles je suis attendu avancent
  • Je réfléchis à l’impact que cette idée va avoir sur les autres projets

Ces éléments me permettent de présenter mon idée lors d’un temps dédié et d’ouvrir un débat sur “faut-il se lancer sur cette idée (par consentement)” et “des membres souhaitent-ils contribuer ?”. 

De l’importance de caler des temps de travail dédiés.

Caler des temps de travail

Les porteurs de projets invitent les contributeurs à travailler sur le projet via framadate.

Le porteur propose au moins 3 créneaux et pas plus de 8 créneaux pour une date.

Les contributeurs sont invités à répondre dans les 3 jours. 

Le porteur de projet peut ainsi caler la date dans les 5 jours qui suivent la proposition.

Dans le cas où un participant qui a indiqué un créneau ne peut plus venir, il informe naturellement l’animateur de la réunion.

Les contributeurs ou porteurs de projet qui ne respectent pas ce processus peuvent ne plus être considérés comme contributeurs ou porteurs par le collectif.

Les temps de travail sont facilités

Un participant prend le rôle de gardien du temps.

Chaque point est animé par l’un des porteurs.

L’animation des points les plus importants est préparée en amont.

On se demande systématiquement si la réunion a bien été facilitée à l'issue de celle-ci afin de maintenir la rigueur nécessaire.

De l’importance d’arriver à bien travailler à distance.

Débattre et avancer sur les nœuds 

Les porteurs de projets invitent les membres du collectif à échanger sur un point sensible via framavox. Les contributeurs sont invités à répondre dans les 10 jours. 

Le porteur réalise une relance après une semaine.

Les participants peuvent réaliser un blocage s’ils n’estiment pas avoir suffisamment d’information ou de temps pour aborder ce débat. </small>

La décision prise par le porteur suite à un framavox, même dans le cas d’une participation nulle, ne peut pas être remise en cause par le collectif pour l’année qui suit. 

Pouvoir savoir rapidement et très approximativement ce qu’il se passe et retrouver les liens importants et les documents.

Les porteurs de projets remplissent le trello. 

De l’importance de trouver les bons interlocuteurs

Il est de la responsabilité des porteurs de projet que le collectif et l’extérieur puisse savoir qu’ils portent cette question à l’instant t. (Trello / Budget annuel)

Il est de la responsabilité des contributeurs et membres du collectif d’identifier l’interlocuteur pertinent lorsqu’ils souhaite aborder une question. 

Il est de la responsabilité des porteurs de projets les plus impliqués de ne pas recevoir la question ou la proposition d’un membre du collectif ou d’un partenaire sur un chantier qu’il ne porte pas et d’orienter la personne en question. 

De l’importance de déployer des procédures de régulation

Le collectif qui s’engage à respecter un cadre de pratiques doit aussi délibérer sur les modalités de régulation suite à un jugement de non respect de ce cadre. 

Pistes de solutions.

  • Mandater le gendarme : Le collectif réalise une élection sans candidat pour choisir celle ou celui qui portera la voix de celui qui émet le jugement vers le membre du collectif ou vers le collectif. Il est conseillé d’élir celui ou celle qui émet le moins ces jugements en général et celle ou celui qui génère le plus de confiance au sein du collectif. Le gendarme a la mission difficile d’aller signaler à la personne qui est visée que des membres jugent que la charte n’est pas respectée et éventuellement à indiquer à la personne la démarche à suivre. Si le gendarme ne parvient pas à réaliser sa mission n’importe qui peut proposer de changer de gendarme. Le rôle de gendarme doit tourner régulièrement.
  • Niveau de confiance approximatif anonymisé : Avant les revues de projets mensuelles, un formulaire est complété de manière anonyme. Chacun évalue son niveau de confiance quant à la clarté du niveau d’engagement du porteur de tâche ou de mission dans le projet (30 items, une note de 1 à 10 = 5 minutes à compléter). On évalue pas le niveau de satisfaction de l’avancement de la tâche ou projet. 
  • “J’ai le sentiment que y a un problème là” : Tour de table, chaque membre signale au moins 3 chantiers ou tâches sur lesquelles il a le sentiment qu’il y a un problème (d’implication, de pilotage, problème technique, politique, etc.).A greffer à un tour de table de reconnaissance "Je trouve que ce que vous faites c'est génial", je signale au moins 3 réalisations louables. Ces éléments n'appellent ni débat ni réactions. Si un porteur découvre que les membres du collectif estiment que son projet n'avance pas comme ils le souhaiteraient, il peut faire évoluer sa pratique d'animation du chantier ou pas en fonction de ce qu'il estime nécessaire et pertinent.