Prêt-à-porter et impact écologique

De Movilab.org

Présentation de notre problématique

La problématique que nous avons choisi de développer est la suivante :
Quel est l’impact écologique et social de l'exploitation de coton dans le prêt à porter ?

Notre dossier de production

Notre reportage


Nous tenons à remercier chaleureusement Rémy, co-responsable de la boutique Jules d'Euralille & Arielle Lévy, fondatrice et créatrice de la marque l'Herbe Rouge.

Quel est l’impact écologique et social de l'exploitation de coton dans le prêt à porter ?

En France, les dépenses liées à l’habillement équivalent chaque année à 39 milliards d’euros. Si les Français accordent une part moindre de leur budget aux dépenses liées à l’habillement (4,7% en 2011 contre 11,8% en 1960), cela reste contrebalancé par des prix de moins en moins élevés. Face à ce phénomène, les ménages ont tendance à renouveler leur garde-robe plus souvent. La volonté de différentiation et de rester « tendance » reste forte, ce qui conduit à une consommation effrénée mais aussi à un gaspillage important : chaque français jette 12 kg de vêtements par an.
Cette consommation n’est pas sans risque et a un cout très élevé : la production de coton en masse a en effet des impacts négatifs au niveau écologique mais aussi social. A travers notre problématique, nous proposons tout d’abord d’établir un constat sur les conséquences néfastes de la production de coton avant de mettre en avant les solutions possibles et déjà appliquées par plusieurs marques de prêt-à-porter.

Constat environnemental et social

Depuis le début de l’année 24 928 550 tonnes de coton ont été produites et environ une tonne est produite toutes les secondes. Si les pays développés sont les plus gros consommateurs de produits finis issus de la production de coton, ce sont les pays en développement qui produisent le coton en grande majorité. Ce sont donc ces pays qui sont directement impactés par les effets néfastes de cette production.
Texte alternatif

Au niveau environnemental, plusieurs phénomènes sont à dénoncer. Tout d’abord, il faut savoir que le coton est le troisième plus gros consommateur d’eau d’irrigation d’eau de la planète puisque pour produire un kilo de coton, il faut entre 7000 et 29 000 litres d’eau. Ressource qui devient rare, cette eau est aussi puisée dans les nappes phréatiques ce qui conduit à un épuisement progressif des ressources terrestres. C’est d’ailleurs le cas en Ouzbékistan, un des plus gros producteurs de coton au monde, où la mer d’Aral est complètement asséchée car l’eau a été détournée pour irriguer les cultures. L’eau n’est cependant pas uniquement utilisée pour l’irrigation mais aussi pour le traitement du coton : le blanchiment du coton est fait au moyen d’eau et d’agents chimiques ; les teintures sont aussi des mélanges d’eau et de produits chimiques.

Outre l’utilisation de l’eau dans la culture globale, celle-ci contribue de fait à la pollution des terres. En effet, infectée par les agents toxiques, elle les transporte ce qui contamine les fleuves, rivières, faune et flore mais aussi les nappes phréatiques et les sols par lesquels elle passe. Le coton consomme 25% des insecticides utilisés dans le monde et des métaux lourds comme le plomb ou le chrome sont utilisés pour créer les teintures. Un t-shirt basique consomme à lui seul 25 000 litres d’eau et a une empreinte carbone de 5,2 kg de CO2. L’appauvrissement des sols a un effet boomerang sur la production de coton, qui s’en retrouve alors diminuée, les sols n’étant plus assez fertiles. On entre alors dans un cercle vicieux, puisque les producteurs vont utiliser plus de produits chimiques pour encourager la production de coton, aliénant encore plus les sols et ainsi de suite.

Non seulement la production de coton a un impact dévastateur sur la biodiversité, il faut ajouter à cela les conséquences désastreuses au niveau social. Tout d’abord, et pour continuer avec les produits toxiques, l’impact sanitaire. La culture et le ramassage du coton se font à mains nues, sans aucune protection respiratoire. L’inhalation continue des substances chimiques et toxiques causent chaque année 1.5 millions de victimes dont 30 000 morts selon les chiffres de l’OMS. L’utilisation des pesticides et des produits chimiques pour les teintures entrainent une hausse conséquente des maladies graves, dont les cancers.

Outre les problèmes sanitaires, la production de coton a des impacts directs sur le quotidien des populations. En effet, comme nous l’avons souligné plus haut, l’utilisation de produits chimiques appauvrit grandement les sols et l’utilisation en masse d’eau pour l’irrigation assèche les fleuves, rivières et lacs. Des sols plus pauvres réduisent les possibilités de cultures de fruits et légumes ; les lacs asséchés empêchent la pêche. Le mode de vie des populations en est directement affecté et c’est donc leur bien-être qui est mis à mal.

De plus, dans certains pays producteurs, et notamment en Ouzbékistan, l’Etat impose à la main d’œuvre de travailler dans les champs de coton, qui est souvent la première source de revenus du pays. L’Etat oblige aussi les enfants à récolter le coton : les écoles sont quasiment toutes fermées et dans les rares d’ouvertes, les professeurs conduisent eux-mêmes les enfants dans les champs. Et tous s’exécutent, par peur de ne jamais pouvoir accéder à l’éducation : c’est en effet un moyen de pression couramment utilisés par les Etats. Ces derniers obligent les enfants à travailler dans les champs s’ils veulent un jour pouvoir aller à l’université. Face à ces conséquences désastreuses, tant au niveau environnemental que social, certaines marques de prêt-à-porter ont décidé d’adopter des politiques sociales et de production plus responsables.

Les actions des marques de prêt-à-porter

De plus en plus de marques de prêt-à-porter se tournent vers des protocoles de production éco-responsables. Trois marques ont accepté de répondre à nos questions : H&M, Jules et l’Herbe Rouge. Si l’on se place du côté des fournisseurs, les marques ont souvent une marge de manœuvre limitée concernant la politique de production d’une usine. En effet, une usine peut produire aussi bien pour une marque milieu de gamme que pour une marque haut de gamme. Il est ainsi difficile aux marques éco-responsables d’imposer une ligne de conduite.

Pourtant, depuis 1997, H&M impose à ses fournisseurs du monde entier de respecter une liste de restrictions concernant les produits chimiques mais aussi un code de conduite, allant du travail des enfants aux salaires perçus par les travailleurs. Cela devient d’autant plus aisé pour H&M car la marque a établi des relations de long terme avec ses fournisseurs : certains collaborent avec H&M depuis plus de 25 ans et sont donc plus prompts à apporter les modifications demandées par le groupe, qui est le plus gros acheteur de coton au monde. D’origine suédoise, la marque a le respect de l’humain et de l’environnement ancré dans ses valeurs. C’est pourquoi elle s’est fixée un objectif ambitieux : n’utiliser que du coton bio, recyclé ou issu du collectif Better Cotton (qui promeut aussi bien une production écologique que sociale avec la sensibilisation des producteurs et des travailleurs) d’ici à 2020. De plus, la marque souhaite que d’ici à 2018, les 850 000 ouvriers participant à la confection des collections obtiennent un salaire équitable, qui puisse couvrir les besoins journaliers de chacun. H&M souhaite ainsi continuer dans la lignée de leur collection « Conscious » en proposant toujours plus de modèles éco-responsables et très mode.

Du côté de chez Jules, la volonté de tendre vers une production plus éco-responsable est une question d’image et de valeurs renvoyées aux consommateurs. Pour ce faire, la marque a lancé sa collection capsule appelée « La Gentle Factory ». Le principe est simple : fabriquer des vêtements et des accessoires à partir de fibres recyclées et de fibres biologiques, le tout « made in France ». Un des principaux arguments avancés par la marque sur la fabrication française est le fait de réduire les couts de transport et de ce fait, réduire la production de CO2.

Enfin, l’Herbe Rouge est une marque lilloise qui propose des produits de qualité accessibles au plus grand nombre tout en respectant l’homme et la nature. Depuis 2008, l’accent est mis sur une production éco-responsable sur toute la chaine de production : cela va de l’irrigation du coton par les eaux de pluie au choix des matières premières en passant par le choix de partenaires alliant éco-responsabilité et compétences couturières. La marque favorise avant tout les partenaires proches et reste autant que possible sur le territoire européen. Thibaud Decroo et Arielle Levy poussent même le détail jusqu’à la conception éco-responsable de leurs boutiques parisienne et lilloise, faites à partir de matières premières nobles comme le bois et en n’utilisant pas de packaging.

Sur le long terme, le marché semble être présent, notamment dans le nord de l’Europe où les populations sont très sensibles à l’écologie et au bien-être humain et où la démarche d’acheter éco-responsable est quasiment naturelle. Toutefois les marques distinguent chacune un élément : en s’engageant dans cette démarche, H&M espère aussi influencer à long terme d’autres marques de prêt-à-porter afin d’avoir un accès simplifié à un coton éco-responsable. La marque Jules met avant tout le problème du coût et la possible restriction à une certaine cible. Enfin, pour l’Herbe Rouge, le problème est le manque de visibilité des marques éco-responsables, ne permettant ainsi pas aux consommateurs d’être avertis.


L'avis du consommateur

Nous avons voulu savoir pourquoi un consommateur serait plus enclin à acheter éco-responsable plutôt qu’un produit issu de la production classique. Nous avons ainsi interviewé une consommatrice assidue qui achète principalement chez Ekyog et sur le site internet Modetic.com. Selon elle, plus qu’à grande échelle, c’est aussi à petite échelle, par des gestes quotidiens que l’on peut influencer et booster les modes de production éco-responsables. La participation de tout le monde au quotidien engendrera alors un effet positif global.

Nous l’avons aussi questionné sur les différences entre des produits éco-responsables et ceux qui ne le sont pas. Pour elle, c’est indéniable : les produits éco-responsables sont de meilleure qualité, s’entretiennent plus facilement et se conservent plus longtemps que d’autres produits. C’est aussi pour cela qu’elle est prête à payer plus cher, si cela lui permet d’avoir des vêtements de qualité supérieure.

Conclusion

Grâce au reportage et à l'article, nous avons ainsi pu mettre en lumière les problèmes liés à la production massive de coton. Face à ces problèmes, grandes et plus petites marques de prêt-à-poter apportent leur pierre à l'édifice en mettant en place des politiques productives et sociales plus responsables. C'est maintenant au tour du consommateur d'adopter un comportement en adéquation avec ce nouveau mode de production s'il veut pouvoir continuer à consommer ces produits favoris.

Nous tenons à remercier Julia Duhamel, service Communication et Presse d'H&M France pour avoir répondu à nos questions et permis d'écrire cet article.

Sources

INSEE
Planetoscope
Globometer
ICTSD
Encyclo-Ecolo
Economie Gouvernement
YouTube

Learning log : quels sont nos apprentissages lors de ce cours ?

Grâce à ce cours et à notre problématique, nous avons vraiment pris conscience de l'impact du coton sur l'environnement et à un niveau social. Nous avions quelques idées, rien de très précis et ce cours nous a aidé à devenir des consommateurs d'autant plus avertis.

A un niveau technique, nous avons appris à réaliser un reportage et faire un montage vidéo. Nous avons aussi pris conscience de la difficulté d'obtenir des rendez-vous professionnels pour une thématique encore tabou.