Feedback from the experts panel of group n° 049

De Movilab.org

Sambhali :


Bonsoir Julien,

Je me présente, Nour Jeddi coordinatrice de projets et responsable des relations franco-indiennes, Mr Rathore m’a transféré votre mail et souhaite vous aider à monter votre projet. Si vous le désirez, nous pouvons avoir un entretien sur skype afin de parler plus en profondeur de ce que vous attendez de notre part afin de pouvoir vous guider le mieux possible dans votre entreprise que encourageons fortement.

Tenez moi au courant si vous êtes toujours intéressé par une collaboration. Je me tiens à votre disposition pour plus d'informations

Cordialement,

Nour Jeddi


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Sruti


Bonjour,

Notre association Sruti parraine des enfants (filles et garçons) dans un village en Uttar Pradesh (Inde). Ce parrainage leur permet d'aller à l'école. Il prend en compte les uniformes et les frais de scolarité. Cela revient à environ 100 euros par enfant pour un an.

Je vous souhaite une bonne continuation dans votre projet.

Bien cordialement.

Alexandrine Lambotte-Saligari, présidente de l'association Sruti.


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Veronique Roué professeur des écoles


Bonjour Madame, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je suis Véronique Roué, institutrice en CP dans une école privée. J’ai choisi cette classe parce que les élèves de cet âge sont très motivés pour apprendre, et c’est extrêmement gratifiant pour un enseignant d’apprendre à lire et à compter à un enfant.

Pour vous, que représente la lecture dans la vie d’un enfant, et plus généralement d’un adulte ?

C’est tout simplement l’accès au savoir. Mais c’est aussi l’accès à une richesse intellectuelle, ça permet de développer l’esprit critique…Et c’est l’acquisition de l’autonomie parce que la lecture représente une arme. Elle nous aide à nous défendre parce que grâce à elle nous avons la maîtrise de beaucoup de choses : on ne signe plus n’importe quoi, on devient acteur.

Quel est l'avenir de ceux qui ne maîtrisent pas la lecture ?

Ils accèdent à des catégories sociales inférieures, les métiers auxquels ils peuvent accéder ne sont pas bien rémunérés. Encore une fois, on peut facilement profiter d’eux parce qu’ils dépendant des autres pour comprendre les textes qu’ils doivent signer, etc..

Parlez moi de l’importance de la lecture dans l’égalité homme femme.

Ça reprend l’idée que la lecture est une arme : une femme qui est lettrée a accès non seulement à la culture, mais aussi aux textes de lois. Une femme qui sait lire sait ce qu’elle peut accepter des autres et quels sont ses droits. Par ailleurs, quelqu'un qui est illettré est aussi mal à l’aise en public : il cherche souvent à se cacher, il se sent inférieur. La lecture peut donc être un moyen pour les femmes d’avoir confiance en elles et donc en leur futur. Pour les actes de la vie quotidienne, la lecture est aussi indispensable, et la femme lettrée n’a plus besoin d’un homme pour lire les inscription pour se repérer dans la rue, pour lire les étiquettes des produits dans les commerces… Et puis pour recentrer le sujet sur les femmes isolées en Inde, la lecture est aussi un accès au monde extérieur puisqu’elles n’ont pas la télévision ou internet, le livre est leur seul moyen de connaître autre chose que leur quotidien.

De quelles conditions (sociales/économiques) a besoin un enfant pour bien apprendre à lire ? Le milieu influe-t’il sur l’apprentissage de la lecture ?

Oui le milieu influe puisque l’accès au livre est plus favorisé dans les classes sociales élevées ou moyennes, et l’enfant baigne dans une culture plus propice à l’apprentissage. Au niveau de l’envie d’apprendre ça joue beaucoup. Dans une famille défavorisée au contraire le livre peut représenter quelque chose d’assez rédhibitoire. Si on ne t’a pas lu lorsque tu étais enfant par exemple, et ce d’autant plus si tes parents ne savent pas lire, le livre ne t’es pas familier et l’enfant ne vois que l’effort dans l’apprentissage de la lecture, car cet apprentissage demande réellement un effort. Le livre est soit un gage de savoir et de liberté pour les classes favorisées, soit un gage d’effort et de tâche rébarbative pour les classes inférieures. Maintenant, il y a des enfants qui apprennent très bien à lire alors qu’ils font partie de classes sociales assez défavorisées, parce que leurs parents ont une attente en eux et suivent leur parcours scolaire de près. Cette attente de la part des parents est nécessaire et joue un très grand rôle. Le climat doit être bienveillant mais sans pression pour l’enfant pour qu’il puisse bien grandir. C’est bien pour ça que des enfants qui vivent dans des familles aisées n’arrivent pas toujours à apprendre à lire, il peut y avoir des blocages affectifs, trop de pression, etc.

Dans notre projet, nous nous intéressons à des petites filles dont les parents ne savent pas forcément lire, et qui n’ont pas forcément l’envie non plus de les amener à l’école parce qu’ils ne voient pas l’intérêt pour leur fille d’apprendre à lire. Quelqu’un devra donc trouver une solution qui incite les filles à apprendre à lire, tout à développant leur esprit critique pour qu’elles pensent par elles-mêmes. 

L’attente des parents est vraiment indispensable selon moi, donc la solution devra inévitablement donner confiance aux petites filles pour qu’elle voient au-delà de leur quotidien et de leur village, parce que pour elles leur futur se limite à leur village.

Pensez-vous que le fait qu’une mère de famille sache lire peut aider ses enfants, pas seulement pour leur apprentissage de la lecture, et pourquoi ?

Oui, évidemment. Elle peut les aider, leur donner envie de lire en leur faisant la lecture ou d’une autre manière. Quand tu vois quelqu'un qui aime lire, ça incite à l’amour de la lecture. Par contre toute mère peut pousser sa fille à lire, même une mère qui ne sait pas lire parce qu’elle peut souhaiter un autre avenir pour sa fille.

Une dernière question : êtes vous d'accord avec les critères que nous avons établis pour la solution au problème ?

Oui, je pense que c’est pertinent. La solution trouvée pourra par la suite être appliquée à d’autre villages ?

Oui, c’est la perspective que nous avons.

D’accord, et comme vous l’avez expliqué plus tôt, la solution ne doit pas se réduire à apprendre uniquement à lire aux petites filles, elle doit être liée à la formation d’un esprit critique.


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Eleonore Lahure volontaire pour une mission humanitaire en Inde


J : Bonjour Eléonore, merci de nous accorder quelques minutes pour répondre à nos questions. Dans le cadre d’un cours de Performance Durable, nous devons monter un projet en équipe dans lequel nous devons trouver un problème. Nous devrons ensuite poster ce projet sur une plateforme sur laquelle des personnes pourront investir afin de résoudre ledit problème. Nous avons choisi de nous pencher sur les problèmes liés à l’éducation en Inde, surtout chez les jeunes filles habitant dans les villages isolés. Ces jeunes filles n’ont pas accès à l’éducation pour des raisons financières, culturelles, d’infrastructures, etc. Nous nous intéressons tout particulièrement au manque d’éducation et à l’illettrisme. Quitterie m’a dit que tu avais eu l’occasion de travailler en Inde et que tu t’étais rendue dans un bidonville.

E : Oui voilà. Je n’étais pas à la campagne mais dans une grande ville mais j’ai pu me balader un peu et je suis partie dans un grand bidonville à Madras pour être infirmière et j’ai eu la chance de rencontrer des jeunes enfants dont certaines filles illettrées qui n’allaient pas souvent à l’école pour diverses raisons.

J : D’accord. Alors j’ai une première question : que penses-tu de la situation des jeunes filles en Inde ?

E : Alors. La culture indienne est encore quelque chose de très machiste la plupart du temps et surtout à la campagne car les habitants n’ont pas le même accès à l’éducation, au travail et à la richesse qu’en ville. Ce sont des fermiers, qui travaillent la terre ou le bétail et qui vivent de petits boulots. En général, la culture n’a pas grand-chose à voir avec la religion. Trois religions se retrouvent en Inde : le christianisme, l’hindouisme et l’islam. La religion n’a rien à voir, la culture est complètement globale, et d’une manière générale, une petite fille est l’enfant gâté de la famille jusqu’à ce qu’elle soit en âge d’être maman. Lorsqu’elle devient une femme, elle doit se renfermer un peu. La fierté d’une famille, c’est d’avoir une fille tranquille, qui aide ses parents, qui se marie et qui a des enfants. Elle doit respecter son mari et rester à la maison pour prendre soin de sa famille, elle ne doit pas travailler, c’est le principe de base. Dans les endroits moins aisés qu’en ville, la quasi-totalité des jeunes filles ne peut pas aller à l’école. Si elles ont la chance d’y aller, cela signifie que soit les parents ont dû payer un peu cher, soit qu’elles sont malheureusement envoyées dans des écoles gouvernementales qui ne sont pas efficaces du tout. Les jeunes filles doivent rester à la maison, aider la famille, travailler la terre, garder les enfants, ou même les petits frères et sœurs car en Inde il n’y a pas vraiment de contrôle sur les naissances, garder le bétail et aider pour les tâches ménagères, dans l’attente d’être en âge de se marier.

J : Si je comprends bien, l’éducation n’est pas du tout une question primordiale pour les filles indiennes ?

E : Alors, ça le devient de plus en plus. De nombreuses mesures sont prises, des lois sont passées mais elles ne sont pas complètement appliquées. Normalement, l’éducation est obligatoire pour tous les enfants jusqu’à l’âge de 18 ans. Cependant, cela est plus difficile à appliquer dans les campagnes qu’en ville. C’est assez paradoxal parce qu’à la campagne, l’accès à l’école est assez difficile puisque les gens n’en ont pas forcément les moyens, et en ville, pas mal d’écoliers/étudiants sèchent l’école par rébellion et par attrait pour les richesses qu’offre la ville : les sorties entre copains, batifoler à droite à gauche... Il s’agit de deux mondes complètement différents.

J : Ah oui, d’accord...

E : Dans les villages reculés, le non accès à l’école a pour cause la pression familiale, les traditions, l’aide à la famille et la place de la femme à la maison. Elle doit s’occuper des enfants pendant que le père apporte l’argent.

J : S’agit-il aussi d’un manque d’infrastructures ? Car dans les villages isolés il n’y a pas forcément d’école publique ou d’école tout court à proximité.

E : Exactement, et le peu d’écoles est surbooké. Comme il n’y a aucun contrôle sur les naissances, il y a beaucoup d’enfants par famille, et tout le monde n’a pas la possibilité d’envoyer ses enfants à l’école.

J : Tu as répondu à presque toutes mes questions, du coup j’en ai une dernière : selon toi, qu’est-ce que l’éducation pourrait changer pour une petite fille en Inde ? Qu’est-ce qui fait la différence entre une fille qui a accès à l’école et une autre qui n’y a pas accès ?

E : Alors, ce qui fait la différence chez une fille qui a la chance d’aller à l’école c’est l’opportunité de trouver un travail par la suite. Avec un système de castes très présent dans le pays, les jeunes filles ayant été à l’école ont plus de chances d’être plus respectées/respectables, et d’aspirer à une vie meilleure : un mari aisé, un mariage arrangé arrangeant les conjoints et leur famille. Une petite fille non éduquée n’aura pas la chance de connaître le monde dans lequel elle vit, elle restera embrigadée dans ce système de famille patriarcal et va donc se faire avoir par beaucoup de gens. De nombreuses jeunes filles rencontrent des hommes leur promettant monts et merveilles mais qui les mettent enceintes à l’âge de 13 ans. Et là, malheureusement, elles deviennent la honte de la famille. Cette éducation, ce cadre, le fait d’être ensemble avec des personnes qui ont été éduquées pour les aider permet aux jeunes filles de se protéger de ce sombre futur car on leur enseigne les bases saines et solides du système, de leur culture, de leur société, du respect mutuel, du fonctionnement de leur corps.

J : Merci beaucoup, tes réponses nous sont très utiles ! Nous avons pensé à ce problème d’éducation car l’illettrisme est un vrai frein pour les jeunes filles. Si elles apprennent à lire, elles seront plus indépendantes car elles pourront lire des livres, des journaux, se repérer dans la rue, gérer plein de choses du quotidien. Nous avons pensé que cela pouvait également faire pencher la balance de l’égalité hommes-femmes vers la femme car comme tu le disais, l’Inde est un pays où le système familial reste très patriarcal.

E : Exactement. En revanche, il faut comprendre que le système éducatif indien est très différent du système français. En Inde, ils apprennent aux enfants à lire, ils apprennent la leçon, et s’ils la récitent par cœur, ça signifie qu’ils la connaissent. Ils n’apprennent pas beaucoup aux enfants à apprendre par toi-même, il faut suivre le mouvement. Les Indiens fonctionnent par groupes, ils réfléchissent par le groupe, par la famille, par la caste, on réfléchit peur par soi-même. Il faut lier éducation et manière de penser. Si l’éducation n’est pas liée à une éducation à penser par soi-même, à réfléchir avec les données qu’on a, c’est juste apprendre à lire pour apprendre à lire, pas pour s’en sortir.

J : Merci beaucoup pour ces réponses Eléonore. Que penses-tu de nos critères ?

E : Vos critères ainsi que l’objectif me semblent pertinents. J’ajouterais seulement qu’il est important de développer l’esprit critique des jeunes filles car c’est ce qui leur permettra de tirer le meilleur parti des connaissances acquises.

J : Merci beaucoup, nous allons travailler sur tout ce que tu nous as dit. A bientôt !

E : A bientôt Julie.