Webinaire "Prévenir les risques psychosociaux en tiers-lieu"

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Ce webinaire a eu lieu le 12 février 2026, dans le cadre du SAV des tiers-lieux (par La Compagnie des Tiers-Lieux).

Support de présentation du webinaire disponible ici.

  • Animatrice : Séverine Giret (La Compagnie des Tiers-Lieux)
  • Intervenantes : Audrey Bordas et Maïlis Renaudin


Audrey Bordas est membre de la coopérative d’activité et d’emploi Optéos (située à Lille) et travaille dans l’ESS depuis près de 15 ans, principalement dans le milieu associatif. Formée en psychologie du travail et des organisations, elle intervient sur les questions de conditions de travail et de santé au travail dans les structures de l’ESS.

Dans le cadre de ce SAV, Maïlis Renaudin représente le groupe de travail national « prendre soin » de l’Association nationale des Tiers-Lieux. Elle a participé à l’élaboration du portail dédié et le présente en fin de webinaire.

Les   Risques   Psycho - Sociaux[modifier | modifier le wikicode]

Définition : Les  risques  psycho-sociaux  (RPS)  comprennent  tous  les  risques professionnels  qui  portent  atteinte  à  l’intégrité  physique  et  à  la  santé mentale  des  salarié.es,  c’est-à-dire  toutes  les  situations  de  stress,  de violences internes et de violences externes.

On les classe généralement en trois grandes catégories :

  1. les situations de stress,
  2. les violences internes (au sein de la structure),
  3. les violences externes (en lien avec le public, les bénéficiaires ou les usagers).

Les violences externes sont parfois sous-estimées, mais elles relèvent bien de la responsabilité de l’employeur. Dans les tiers-lieux, qui sont par nature ouverts et accueillant du public, ces situations peuvent survenir et doivent être prises en compte dans la réflexion globale sur les conditions de travail.

Les impacts[modifier | modifier le wikicode]

Les risques psychosociaux ont des effets sur l’individu mais aussi à l’échelle du collectif, de la structure en tant que telle.

Sur le plan individuel, ils peuvent entraîner des impacts :

  • physiques (troubles digestifs, cardiaques, lombalgie et autres troubles musculo-squelettiques, fatigue chronique, troubles somatiques...),
  • psychiques (troubles de la concentration et du sommeil, anxiété, perte de sens, épuisement professionnel, conduites addictives...),
  • comportementaux (violences physiques ou verbales, irritabilité, repli sur soi, démotivation).

Ces effets concernent non seulement la personne directement exposée, mais ils peuvent aussi  affecter le collectif de travail dont elle fait partie. En effet, le stress ou les tensions se diffusent et modifient l’ambiance générale. Par exemple, un.e collègue témoin d’une situation de violence peut être sujet.te à un stress post-traumatique.

Les risques psychosociaux ne relèvent pas uniquement de problématiques individuelles ; ils doivent  surtout être appréhendés sous un angle collectif et organisationnel.

À l’échelle de la structure, les conséquences peuvent être nombreuses : absentéisme (arrêts maladie longs), turnover, difficultés de recrutement et de fidélisation, dégradation du climat social, conflits internes...

Le présentéisme est également fréquent : des personnes viennent travailler alors qu’elles ne sont pas en état de le faire, souvent par solidarité ou par culpabilité, ce qui fragilise encore davantage l’organisation.

L’ensemble de ces impacts peut être observé au sein des structures, sans pour autant être systématiquement relié aux risques psychosociaux, alors qu’ils en constituent souvent des manifestations (ou des facteurs aggravants).

Les pistes de prévention[modifier | modifier le wikicode]

La prévention des risques psychosociaux peut se penser à plusieurs niveaux :

  1. La prévention primaire vise à agir en amont sur les causes et facteurs de risques (“que puis-je faire au niveau organisationnel et collectif pour éviter le risque ?”). Il peut s’agir, ici, de clarifier les missions, formaliser les responsabilités, instaurer des espaces de régulation et de discussion sur le travail.
  2. La prévention secondaire consiste à accompagner les situations à risque inévitables liées au caractère du métier. Par exemple, dans les tiers-lieux, les salarié.es peuvent être amené.es à accueillir du public en vulnérabilité ce qui peut être compliqué ou amener du stress. La prévention secondaire peut se traduire par la mise en place de formations à la gestion des conflits ou des espaces d’écoute.
  3. La prévention tertiaire intervient lorsque des situations de souffrance sont déjà installées, avec un accompagnement individuel ou un soutien psychologique.

Il est important de se concentrer sur la prévention primaire, parce que c'est à ce stade qu’il est vraiment possible de réduire les RPS.

Dans tous les cas, la démarche gagne à être collective et intégrée au fonctionnement global du lieu.

Les facteurs de risques en tiers-lieux[modifier | modifier le wikicode]

D’après l’étude “les richesses humaines en tiers-lieux” , réalisée par La Coopérative tiers-lieux en 2022, l'un des principaux facteurs de risques en tiers-lieux est l’écart entre travail prescrit et travail réel : les missions et objectifs fixés ne correspondent pas toujours aux moyens disponibles, générant stress et surcharge de travail (et ce indépendamment du statut des personnes : salarié·e·s en CDI, CDD, indépendant·e·s ou bénévoles).

Cet écart peut avoir différents impacts, notamment :

  • La surcharge de travail : en raison du manque de moyens, les personnes sont amenées à consacrer plus de temps ou à mobiliser davantage d’énergie pour atteindre leurs objectifs. Cela se traduit souvent par un volume horaire travaillé important.
  • Le travail empêché : les ressources insuffisantes empêchent d’accomplir les missions de manière satisfaisante et de produire un travail de qualité, ce qui engendre fatigue et stress chronique. Ce phénomène est souvent plus néfaste pour la santé que la seule surcharge de travail, car il touche aussi à l’engagement et à la satisfaction professionnelle. (cf : théories d’Yves Clot)

L’étude identifie également d’autres facteurs de risques : la polyvalence excessive des tâches, l’inadéquation entre niveau de salaire et responsabilités, et l’insécurité de l’emploi. Si la reconnaissance est globalement perçue positivement, la charge émotionnelle reste souvent non reconnue, ce qui constitue un facteur de risque supplémentaire.

NB : tous les facteurs de risque précédemment cités se retrouvent dans les six grandes familles de facteurs de risque psychosociaux définies par le rapport Gollac : exigence du travail, exigence émotionnelle, autonomie, relations au travail, conflits de valeurs et insécurité de l’emploi. Dans les tiers-lieux, les facteurs les plus présents concernent principalement les exigences du travail, la charge émotionnelle et l’insécurité.

Les ressources en tiers-lieux[modifier | modifier le wikicode]

L’étude souligne également l’importance des facteurs de ressources en tiers-lieu, qui permettent de compenser ces risques :

  • le sens et l’impact du travail,
  • la diversité des missions,
  • les rencontres et la coopération,
  • l’autonomie et la flexibilité,
  • la dynamique collective.

Ces éléments sont essentiels pour soutenir l’engagement et la motivation des personnes.

Zoom sur la “crise de l’engagement” : Elle ne se réduit pas à un désintérêt individuel, mais reflète souvent un manque de moyens pour s’engager pleinement et efficacement.

Les risques psychosociaux s’inscrivent donc à plusieurs niveaux : au niveau individuel, organisationnel et sociétal.

Dans ce contexte, les réseaux et structures de soutien, comme la Compagnie des Tiers-Lieux ou la Coopérative Tiers-Lieux, jouent un rôle important dans la mobilisation et le plaidoyer pour des conditions de travail adaptées et sécurisées.

Les leviers pour agir sur les risques psychosociaux dans les tiers-lieux[modifier | modifier le wikicode]

1. Tout est une question d’équilibre : continuum de la santé au travail entre risque/ressources et individuel/collectif[modifier | modifier le wikicode]

La santé au travail relève d’un équilibre entre risques et ressources.

Le travail peut être à la fois un lieu de vulnérabilité et un lieu de développement du pouvoir d’agir. L’enjeu n’est pas de supprimer tous les risques (cela est impossible) mais de maintenir un équilibre soutenable.

La santé au travail peut ainsi être envisagée comme un continuum (Sabrina Rouat, 2021), entre le travail comme facteur de risque et le travail comme facteur ressource. Elle repose également sur un équilibre entre dimension individuelle et dimension collective.

2. Sanctuariser les espaces et pratiques de dialogue : parler du travail,c’est productif ![modifier | modifier le wikicode]

Le dialogue professionnel et social constitue un levier central de prévention. Il est important de créer des espaces réguliers pour parler du travail.

S’appuyer sur les réseaux  pour mutualiser les pratiques permet aussi de lutter contre l’isolement (notamment dans les petites structures ou postes uniques).

3. Calibrer les postes et rester ouverts aux évolutions nécessaires[modifier | modifier le wikicode]

Ajuster les missions aux moyens réels permet d’éviter la surcharge de travail. Les postes sont à calibrer en fonction des moyens et des intentions tout en prenant en compte la santé dans sa globalité : la santé des individus, la santé du travail, la santé de l'organisation et du collectif.

Il est recommandé d’intégrer dans les fiches de poste du temps de dialogue, du temps de formation et du temps de veille.

Les personnes qui occupent les postes sont expertes de leur activité : leur implication dans cette réflexion est essentielle.

4. Être ressource pour soi et pour les autres : créer un cadre du “prendre soin”[modifier | modifier le wikicode]

La prévention est à la fois organisationnelle et individuelle. Le “prendre soin” se construit collectivement, mais implique aussi une responsabilité individuelle de vigilance

« On peut aussi, en tant qu'individu, faire attention à la fois à soi et à la fois aux autres ».

Concrètement, il est possible au sein de son tiers-lieu, de :

  • sensibiliser aux signaux faibles de l’épuisement professionnel,
  • se former (par exemple, en premiers secours en santé mentale),
  • encourager la vigilance collective et une culture d’attention mutuelle.

Ressources mobilisables[modifier | modifier le wikicode]

Au-delà du rappel du cadre légal (l’obligation de l’employeur de protéger la santé et la sécurité des salarié·es) plusieurs outils concrets existent pour passer à l’action sur le sujet des RPS.

En effet, plusieurs questions reviennent fréquemment :

  • Que faire concrètement face aux risques psychosociaux ?
  • Comment les identifier ?
  • Par où commencer ?
  • À quoi ressemble une démarche RPS dans un tiers-lieu ?

Trois organismes constituent des références sur ces sujets, et proposent des guides pratiques, supports d’accompagnement, outils de sensibilisation :

  • L’INRS avec notamment un outil de diagnostic en ligne permettant de réaliser un premier état des lieux des risques psychosociaux au sein d’une structure. Ce questionnaire aboutit à un diagnostic détaillé assorti de pistes d’actions concrètes,
  • L’ANACT (et son réseau régional ARACT),
  • La CARSAT.

Zoom sur le portail « prendre soin »[modifier | modifier le wikicode]

Le portail « Prendre soin » rassemble les ressources issues du groupe de travail national lancé en 2023 autour des conditions de travail dans les tiers-lieux. Soutenu par l’Association Nationale des Tiers-Lieux, il centralise webinaires, outils et expérimentations.

On y retrouve :

  • des webinaires régionaux (Grand Est, PACA, Île-de-France, Bretagne…)
  • des outils de sensibilisation (questionnaires, ateliers, ressources pratiques)
  • des projets en cours comme le Commun du Prendre soin (bulles d’écoute, cercles d’analyse de pratiques)

L’objectif est de documenter et partager des pratiques concrètes pour améliorer les conditions de travail dans les tiers-lieux, et permettre aux réseaux régionaux de s’en saisir.

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