Webinaire " Préparons nos lieux aux municipales"

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Ce webinaire a eu lieu le 28 janvier mai 2026, dans le cadre du SAV des tiers-lieux (par La Compagnie des Tiers-Lieux).

Animateur : Sébastien Plihon (La Compagnie des tiers-lieux) s’occupe des sujets liés au plaidoyer et à la stratégie du réseau régional

Intervenant.es :

Justine Faiderbe (La Compagnie des tiers-lieux) s’occupe des sujets liés à la fabrication et au développement de projets coopératifs.

Fabrice Dalongeville, Maire d’Auger Saint-Vincent et co-fondateur du Café Auger Saint-Vincent.

« Fabrice est élu dans une commune de 530 habitants dans le sud de l’Oise, et termine son quatrième mandat. Il est aussi engagé depuis longtemps dans les tiers-lieux, notamment autour d’un café citoyen mêlant culture, engagement et citoyenneté. Il travaille aujourd’hui sur ce qu’il appelle le double engagement : en tant qu’élu, et comme citoyen engagé dans la vie municipale, en dehors du conseil municipal. Il est aussi à l’origine d’une démarche autour des cahiers de doléances et des états généraux communaux, visant à repositionner la commune au cœur de la République et à questionner le rôle des citoyennes et citoyens. »

Introduction[modifier | modifier le wikicode]

Les tiers-lieux sont des espaces de mobilisation citoyenne, ils sont pensés comme cela.

Suite aux élections législatives, de nombreux lieux se sont interrogés sur leur engagement politique territorial et sur l’accueil inconditionnel, dans un contexte de montée de l’abstention et de l’extrême droite sur les territoires.

Des questions ont émergé : « On ne fait pas de politique, mais devons-nous afficher nos valeurs ? Est-ce compatible avec l’accueil de toutes et tous ? »

Ces réflexions ont alors conduit à plusieurs actions :

  • La mobilisation des lieux et plus largement des citoyen.nes autour de la publicisation des cahiers de doléances, et du rôle des tiers-lieux dans ce cadre.
  • En région Hauts-de-France, la Compagnie des Tiers-Lieux a organisé un événement dédié à la mobilisation citoyenne dans les tiers-lieux. Ainsi, lors de l'évènement "En compagnie des tiers-lieux en novembre 2025", de nombreux lieux ont partagé des expériences très différentes sur la manière d’intervenir sur son territoire en tant que citoyen. (> Voir le livret de restitution)
  • Plusieurs réseaux régionaux de tiers-lieux ont alors travaillé ensemble pour produire un kit municipal, destiné à outiller les tiers-lieux à l’approche des municipales. Ce kit est mis à disposition sur Movilab, comme un commun à enrichir.

Un point important souvent souligné par les tiers-lieux : l’engagement ne se limite pas aux municipales. Il s’agit aussi de savoir comment continuer à s’investir sur son territoire après les élections et quelles interactions développer avec la commune et l’intercommunalité.

Présentation du kit « Préparons-nous aux municipales 2026 »[modifier | modifier le wikicode]

Le kit a été créé collectivement par plusieurs réseaux régionaux de tiers-lieux, en lien avec l’Association nationale des tiers-lieux. Il a été présenté pour la première fois le 14 janvier 2026 lors d’un webinaire national. Il est actuellement diffusé partout en France, via les réseaux.

Il est disponible ici !

Il a été conçu comme une boîte à outils destinée aux acteurs et communautés de tiers-lieux, pour les accompagner dans la période importante des élections municipales 2026.

Les élections municipales peuvent constituer un moment de bascule pour les tiers-lieux, révélant parfois des fragilités internes, économiques, foncières ou politiques.

L’objectif du kit est de permettre une lecture collective de cette période, d’identifier les risques mais aussi les leviers d’action, et d’outiller très concrètement les lieux.

Il comprend :

  1. Un tutoriel sur les élections municipales pour mieux comprendre le fonctionnement des collectivités locales et savoir présenter/défendre son projet auprès des candidats et élus.
  2. Un outil pour réaliser une cartographie des risques, afin d’évaluer l’exposition du tiers-lieu dans le contexte électoral (dépendance à la municipalité, solidité du modèle économique, qualité des relations avec la municipalité sortante, perception politique du lieu...)
  3. Un outil pour formaliser des propositions locales en faveur des tiers-lieux (structurer et thématiser les propositions, identifier les bons interlocuteurs...)
  4. Des fiches pratiques d’autodéfense politique, destinées à aider les équipes à anticiper et gérer les situations sensibles pendant la période électorale (comme l’accueil ou non d’actions partisanes dans le lieu, les tensions internes liées à l’affirmation de positions politiques,...).

Accompagnement des tiers-lieux pendant les municipales en région Hauts-de-France[modifier | modifier le wikicode]

Du côté de la Compagnie des tiers-lieux, l’enjeu est de trouver le bon positionnement en tant que réseau pour accompagner au mieux les lieux qui souhaitent se mobiliser pendant les municipales, pour porter des propositions ou interpeller les candidats.

La Compagnie prévoit de lancer en février 2026 une campagne de communication pour identifier et valoriser des sujets “tiers-lieux” pouvant être intégrés dans des programmes municipaux. L’objectif est de donner aux lieux des points d’appui concrets pour dialoguer avec les listes et les candidats intéressés.

L’exercice reste complexe, car il est difficile de formuler des propositions génériques applicables à des territoires parfois très différents. Les réalités d’une grande métropole comme celles de Lille ou d’Amiens et celles d’une commune rurale ne sont pas les mêmes. Le travail du réseau consiste donc à trouver un équilibre entre cadre commun et adaptation locale.

Par ailleurs, la Compagnie des tiers-lieux se tient disponible pour intervenir ponctuellement aux côtés des lieux, notamment lors de rencontres avec des candidats aux municipales. Cette présence peut apporter un regard extérieur, non engagé localement, et recentrer les échanges sur les enjeux propres aux tiers-lieux.

Enfin, l’engagement des tiers-lieux ne s’arrête pas au temps de la campagne. Une fois les élections passées, les interactions avec les élus, les exécutifs communaux et les équipes municipales se poursuivent dans la durée. Les lieux se posent alors la question de la manière d’entrer en dialogue avec ces acteurs.

Neutralité partisane[modifier | modifier le wikicode]

Un point mérite toutefois d’être interrogé : la notion de neutralité partisane.

La neutralité partisane ne se joue pas tant dans ce que l’on pense soi-même que dans le regard de celles et ceux qui nous observent. Même si nous souhaitons être neutres, nous sommes toujours chargé.es de ce que nous sommes, de nos parcours, de nos convictions. Il faut donc rester modestes sur cette idée de neutralité absolue.

Temporalité politique et anticipation des municipales[modifier | modifier le wikicode]

Un autre élément important concerne la durée du mandat municipal à venir. Il est possible que le prochain mandat soit allongé à sept ans pour s’aligner sur les élections présidentielles (fin des mandats en 2032). Cela change la perspective : un an de plus dans un mandat, côté élus, ce n’est pas anodin.

Aussi, l’enjeu n’est pas seulement la période électorale. Il y a l’avant, le pendant et l’après mandat. Le regard et le questionnement sur l’action municipale ne doit pas surgir uniquement à l’approche des élections. La meilleure façon de préparer une élection, c’est de l’anticiper, quel que soit l’endroit où l’on se situe.

C’est ce qui renvoie à la notion de double engagement : être à la fois à l’intérieur des dynamiques municipales et à l’extérieur, avec un regard critique sur l’action publique.

Comprendre les relations élus – techniciens – tiers-lieux[modifier | modifier le wikicode]

Le rapport entre tiers-lieux et élus varie fortement selon les territoires. Entre une commune rurale de quelques centaines d’habitants et une grande ville comme Lille, il existe un filtre supplémentaire : celui des techniciens.

Dans le second cas, les échanges tiers-lieux/collectivités peuvent se faire sous forme de relation indirecte et passer par l’administration. Il est important d’en tenir compte.

Le profilage des élus comme outil stratégique[modifier | modifier le wikicode]

Dans plusieurs accompagnements de tiers-lieux, notamment dans l’Aisne et le Nord, une méthode simple a été expérimentée : le profilage des élus.

Cette approche s’inspire des travaux du think tank Destins communs, qui identifie plusieurs grandes familles de profils en fonction de leur regard porté face aux enjeux de transition et aux changements. L’idée est de transposer cette logique aux élus rencontrés localement :

  • élus engagés et moteurs,
  • élus attentistes,
  • élus en retrait ou circonspects,
  • élus opposés ou méfiants.

Tous les profils existent sur un territoire, au niveau communal comme intercommunal. L’objectif est de savoir avec qui construire des alliances, qui peut être un relais, et où concentrer ses efforts.

Cette méthode repose sur des outils issus du marketing et du travail sur les personas, afin d’adapter les messages et les stratégies relationnelles. On ne s’adresse pas de la même manière à un élu opposé à l’innovation sociale qu’à un élu soutenant ou simplement prudent.

La même analyse vaut pour les techniciens, dont certains jouent un rôle très influent auprès des élus, tandis que d’autres restent strictement dans leur fonction administrative.

Un travail indispensable après les élections[modifier | modifier le wikicode]

Ce travail de cartographie et de profilage est utile avant les élections, mais il l’est aussi après, notamment au moment de la mise en place des exécutifs intercommunaux. Comprendre rapidement les rapports de force conditionne la suite des coopérations.

NB : Dans les Hauts-de-France, le réseau s’est structuré en une dizaine de cercles territoriaux regroupant des tiers-lieux, appelés à renforcer le dialogue avec les élus locaux. Dans un contexte de retrait des politiques d’État, ces cercles devront développer des stratégies et des tactiques d’approche des élus, en mobilisant différentes casquettes selon les situations.

Un point souvent sous-estimé concerne aussi la situation financière des collectivités. Certaines communes ou intercommunalités sont très contraintes budgétairement, ce qui influe fortement sur les arbitrages et peut se faire au détriment de l’animation territoriale et des tiers-lieux.

Six profils d’élus identifiés[modifier | modifier le wikicode]

Dans ce travail, six profils d’élu.es ont été formalisés (en parlant de l’élu référent, maire ou adjoint) :

  • l’élu.e animateurice de transition,
  • l’élu.e gestionnaire consensuel,
  • l’élu.e circonspect,
  • l’élu.e dépolitisé.e ou déconnecté.e,
  • l’élu.e identitaire,
  • le maire traditionnaliste méfiant.e.

Ces profils seront partagés et versés à Movilab afin de pouvoir être réutilisés par les lieux.

Tensions locales, EVS et rapports de force[modifier | modifier le wikicode]

Les échanges ont aussi mis en lumière des tensions fortes autour des EVS (Espaces de Vie Sociale), qui cristallisent parfois des conflits de pouvoir, notamment entre communes et intercommunalités.

Ce qui pouvait sembler une simple démarche administrative révèle en réalité des enjeux de contrôle politique, de rentes symboliques et financières, et de concurrence entre acteurs.

Dans certains territoires, le tiers-lieu devient un acteur central de l’avenir local : maintien des services, dynamisme du village, lien social, voire sauvegarde de l’école. Cela peut entraîner des résistances fortes de la part d’élus en place.

Complexité territoriale et stratégies d’adaptation[modifier | modifier le wikicode]

Un territoire ne fonctionne pas comme une entreprise. Il est traversé par des histoires locales, des héritages familiaux, des rapports de pouvoir anciens. Cette complexité doit être pleinement intégrée.

Il faut à la fois accepter cette complexité et développer des stratégies fines : savoir dialoguer avec des profils très différents, tout en connaissant les limites fixées par le regard des autres.

Il n’existe pas de recette universelle. Les solutions sont toujours situées, contextuelles, et nécessitent du temps, de la ruse politique au sens noble, et une lecture fine des rapports de force.

L’importance de jouer “collectif” pour avoir plus de poids[modifier | modifier le wikicode]

L’action locale concertée est aussi essentielle : porter collectivement les mêmes messages, dans une logique de coopération, leur donne plus de poids.

Quand un élu entend des acteurs différents défendre un même enjeu avec des approches complémentaires, le message gagne en force et en crédibilité.

NB : Les tiers-lieux ont beaucoup à partager avec les centres sociaux et les réseaux d’éducation populaire, en quête d’alliances et de renouvellement. Les intérêts convergent.

NB : Les travaux du CERDD apportent une grille de lecture précieuse, notamment sur la typologie des maires ruraux (communes de moins de 5 000 habitants) et leurs postures face au changement. Bien documentée, cette analyse offre des clés concrètes pour mieux les approcher et nourrir des actions collectives. Le CERDD entre désormais dans une phase opérationnelle en lien direct avec les élus.

Vers les États Généraux Communaux[modifier | modifier le wikicode]

La commune reste la brique de base de la République : c’est le lieu du quotidien, du proche, du vécu. Pourtant, c’est aussi aujourd’hui l’échelon où ça fonctionne le moins bien, pris en étau entre un transfert massif de compétences vers d’autres niveaux et le maintien d’une promesse républicaine intacte.

>Résultat : à l’échelle communale, on a souvent le sentiment de ne plus pouvoir agir, alors même que les attentes des habitantes et habitants restent immenses.

Pour les tiers-lieux, cette situation crée un décalage fort. Ils portent des projets hybrides (développement économique, formation, numérique, santé, alimentation, lien social…) qui dépassent les cases administratives classiques. Sans alignement clair avec les priorités municipales ou intercommunales, le dialogue devient complexe, voire bloquant.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la démarche des Etats Généraux Communaux. Il ne s’agit pas de produire un catalogue de propositions électorales, ni de se limiter au temps des municipales, mais de réaffirmer le rôle politique et civique de la commune sur le long terme. Les tiers-lieux y ont toute leur place, en tant que fabriques civiques capables de retisser du lien entre institutions, habitant.es, et le vivant.

À travers l’élaboration d’un manifeste communal, l’enjeu est de se poser collectivement des questions fondamentales : à quoi aspire-t-on pour notre commune ? Qu’est-ce que nous ne voulons plus ? Quelle place donner à la démocratie locale, à la co-décision, aux communs, aux générations futures et aux plus vulnérables ? Comment articuler liberté, solidarité et responsabilité à l’échelle locale ?

Cette réflexion ne s’arrête pas aux municipales. Elle nourrit aussi les échéances à venir (présidentielles, départementales, régionales, européennes) en partant du terrain, de l’expérience vécue et des projets concrets. Dans un contexte où les financements se raréfient et où d’autres tensions émergent dans les territoires, il est indispensable de remettre au cœur du débat la qualité de la gouvernance locale.

Les Etats Généraux Communaux proposent ainsi une charte de bonne gouvernance locale, un cadre partagé pour mieux dialoguer avec les équipes municipales, actuelles ou futures, et pour redonner aux citoyen.nes le sentiment d’être réellement associé.es à la vie publique. (L’exemple des cafés citoyens le montre : l’engagement renaît souvent par les projets, par l’action collective, et peut ensuite nourrir un investissement municipal plus direct.)

C’est cette logique de double engagement, à la fois civique et municipal, que peuvent porter les tiers-lieux : non pas dans une logique d’opposition mais de complémentarité pour relever les défis démocratiques actuels.

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