Etude de la configuration en Tiers-Lieu - La repolitisation par le service : Différence entre versions

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  Dirigée par Gilles Herreros
 
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  Université Lumière Lyon 2 - Centre Max Weber – UMR 5283
 
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  Présentée et soutenue publiquement le 20 janvier 2017
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  Présentée et soutenue publiquement le 20 janvier 2017 à 14h15
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Dans l'Amphithéâtre Jaboulay, Campus Berges du Rhône, Université Lyon 2
 
  Devant un jury composé de :
 
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  Mme Giovanna DI MARZO SERUGENDO, Professeure, directrice, Université de Genève (rapportrice)
 
  Mme Giovanna DI MARZO SERUGENDO, Professeure, directrice, Université de Genève (rapportrice)

Version du 5 janvier 2017 à 17:28

ÉTUDE DE LA CONFIGURATION EN TIERS-LIEU - La repolitisation par le service
Antoine BURRET Thèse de doctorat de Sociologie
Dirigée par Gilles Herreros
Université Lumière Lyon 2 - Centre Max Weber – UMR 5283
Présentée et soutenue publiquement le 20 janvier 2017 à 14h15
Dans l'Amphithéâtre Jaboulay, Campus Berges du Rhône, Université Lyon 2
Devant un jury composé de :
Mme Giovanna DI MARZO SERUGENDO, Professeure, directrice, Université de Genève (rapportrice)
M. Yves GILBERT, Professeur des Universités, Université de Perpignan Via Domitia (rapporteur)
M. Michel LÉONARD, Professeur Honoraire des Universités, Université de Genève
Mme Marie-Christine BUREAU, Chargée de recherche, LISE-Cnam-CNRS
M. Philippe BERNOUX, Directeur de Recherche Honoraire, CNRS, Université Lyon 2

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ABSTRACT

Cette étude se propose de traiter le tiers-lieu en tant qu'objet. De le saisir dans toute sa complexité pour essayer d’en dégager toute la simplicité. Elle appréhende le tiers-lieu comme un concept à définir. Pour y parvenir elle construit une enquête qui se déplie en trois parties. Dans un premier temps, l’objet est approché sous l’angle de la terminologie par une étude des usages courants, professionnels et littéraires du terme, suivi de réflexions sur les notions de lieu et de tiers. Des représentations historiques des tiers-lieux sont ensuite analysées au travers des troisièmes lieux de Ray Oldenburg et de certaines structures sociales de la sphère publique habermassienne notamment les salons et les cafés de la bourgeoisie au XVIIIe siècle. Ce passage en revue permet de délimiter l’objet, d’en clarifier les propriétés et les usages. Il constitue également le point de départ et l’hypothèse d’une enquête exploratoire qui a déterminé la construction d’une posture d’investigation originale nécessairement engagée. Cette enquête s’est déroulée entre 2010 et 2015 auprès de services – espaces de coworking, fablabs, hackerspaces, makerspaces, biohackerspaces, etc. dans leur composition et recomposition successives - qui se désignent ou se présentent explicitement comme des tiers-lieux. Les singularités de ces tiers-lieux, la manière dont ils traduisent des valeurs qualitatives en valeurs juridiques et aussi en valeurs quantitatives, les rapports d’échange et les habitudes critiques des usagers contributeurs ainsi que les régimes de conception sont ensuite théorisés. À partir de l’ensemble de ces informations, une proposition de définition conceptuelle du tiers-lieu est formulée. Celle-ci envisage le tiers-lieu comme une configuration sociale particulière où se produit une rencontre entre des entités individuées qui s’engagent intentionnellement à la conception d’une représentation commune, c’est-à-dire à responsabilité partagée. Des invariants sont enfin posés comme l’esquisse d’une logique opératoire supposée déterminer la présence de la configuration en tiers-lieu. Cette procéduralisation présente une manière d’intervenir sur les règles par la conception de services. C’est ce dépassement de la discursivité qui distingue le tiers-lieu de l’espace public politique.

Mots-clés : artificiel, commun, conception, critique, digital, entrepreneur, espace public, libre, mode de vie, règle, service, tiers-lieu, usage, valeur

PLAN

Choix de l'épigraphe

" Dans tout homme sommeille un prophète, et quand il s’éveille il y a un peu plus de mal dans le monde… La folie de prêcher est si ancrée en nous qu’elle émerge de profondeurs inconnues à l’instinct de conservation. Chacun attend son moment pour proposer quelque chose : n’importe quoi. Il a une voix : cela suffit. Nous payons cher de n’être ni sourds ni muets." 

Emil Cioran – L’anti-prophète - Précis de décomposition (1949)

AVANT-PROPOS

0.1. Objet d’étude	
0.2. Plan commenté	
0.3. Objectif fondamental	

PARTIE I. PROLÉGOMÈNES À L’ÉTUDE DE LA CONFIGURATION EN TIERS-LIEU

Chapitre 1. La question liminaire

1.1. La justification du tiers-lieu	
1.2. Usage du tiers-lieu dans la littérature
1.3. Propriétés du tiers	
1.4. Propriétés du lieu	
1.5. Une définition minimale du tiers-lieu	
1.6. Le vague de l’objet tiers-lieu	

Chapitre 2. Agencement institutionnel de la configuration en tiers-lieu

2.1. Ray Oldenburg – Le troisième lieu	
2.1.1. Le déclin de la sociabilité dans les banlieues résidentielles nord-américaines	
2.1.2. La dimension institutionnelle du rassemblement	
2.1.3. La relation de service et la relation de sociabilité dans les troisièmes lieux	
2.2. Jürgen Habermas – Les structures sociales de la sphère publique bourgeoise	
2.2.1. Le principe de publicité aux XVIIe et XVIIIe siècles	
2.2.2. La dimension spatiale du principe de publicité	
2.2.3. La manifestation discursive des jugements dans les structures sociales de la sphère publique bourgeoise	

Chapitre 3. La conception du récit commun

3.1. La représentation des jugements comme récit	
3.2. La représentation consensuelle des jugements comme récit commun	
3.3. La conception des faits sociaux par le service	
3.4. Réponse intermédiaire à la question liminaire	

PARTIE II. ÉTUDE DE LA CONFIGURATION EN TIERS-LIEU

Chapitre 4. Les sources d’informations

4.1. La question de l’engagement	
4.2. Enquête et jugement	
4.3. Être pris	
4.4. Devenir contributeur
4.5. Limites des sources d’informations	

Chapitre 5. Le tiers-lieu en tant que service

5.1. L’accès au tiers-lieu en tant que service	
5.2. Des services échangés	
5.3. Des services réciproques ou gratuits	
5.4. Les logiques d’action des initiateurs	
5.5. La volonté de mouvement	

Chapitre 6. Individus et manifestation des jugements

6.1. Des individus isolés et distincts	
6.2. Responsables, bénéficiaires, visiteurs et amis	
6.3. La manifestation des jugements	
6.4. La représentation des jugements par la conception de services
6.5. Transformation de la réalité	

Chapitre 7. La représentation consensuelle des jugements

7.1. Une communauté, des communautés	
7.2. D’usagers à contributeurs	
7.3. Le commun	
7.4. Recherche de consensus et fourchette

PARTIE III. REPRÉSENTATION DE LA CONFIGURATION EN TIERS-LIEU

Chapitre 8. Synthèse analytique de l’enquête

8.1. Au regard des formes historiques	
8.2. Un milieu ordonné	
8.3. Les rapports d’échange	
8.4. Les habitudes critiques	
8.5. Les régimes de conception	

Chapitre 9. Représentation du tiers-lieu comme concept

9.1. Définition conceptuelle	
9.2. Une configuration sociale	
9.3. Un mouvement initial entre des agents caractérisés	
9.4. Conséquence du mouvement initial sur chacun des agents caractérisés	
9.5. Un second mouvement conjoint conséquent au mouvement initial

VERS UNE REPRÉSENTATION DYNAMIQUE DU TIERS-LIEU

10.1. Circonférence du vague	
10.2. Éventuels invariants	

Bibliographie

Autres références

Annexes

PREMIERS MOTS

"Cette étude se propose de traiter le tiers-lieu en tant qu’objet. La difficulté intrinsèque à cet objet concerne son positionnement conceptuel incertain. À vrai dire, l’objet ne semble pas en posséder. En tant que tel, il est reconnaissable au travers d’innombrables représentations, mais il n’est selon toute vraisemblance, rattaché à aucune classe. Ses caractéristiques restent vagues. Le tiers-lieu s’appréhende dans une multitude de dimensions. Sa compréhension est ainsi dictée par le regard disciplinaire qui l’observe. Il peut être fonctionnel ou prospectiviste. Il peut être traité comme un service que l’on propose ou comme une situation. Le terme lui, semble être construit en creux. Malgré cela, son usage se répand, tout comme ce qu’il paraît nommer. A priori cette relativement large appropriation peut être comprise comme l’écho d’une nécessité. La nécessité de nommer quelque chose dont la présence se fait sensiblement ressentir. À ce stade, le tiers-lieu paraît artificiel. Comme un objet qui doit être construit. C’est possiblement le cas et cela explique le choix du point de vue employé pour l’étudier. Car pour traiter le tiers-lieu en tant qu’objet il parait inévitable dans un premier temps, de convenir de ce qui constitue cet objet. Ce qui le compose et ce qui le maintien dans le temps. Et c’est ici que se complique la situation. Sa composition est difficilement synthétisable en une cartographie, même dynamique, à moins d’en réduire la circonférence. Il est cependant certain que ce terme recouvre une unité de sens même si celle-ci demeure absente des radars. Ce lieu du tiers se rapporte à quelque chose. Encore faut-il trouver et définir ce quelque chose. C’est à cette condition semble-t-il, que l’objet pourra véritablement s’épanouir."

EXTRAIT

"La représentation actuelle évoque une réalité contemporaine. Elle décrit un mouvement et sa localisation. Elle montre comment dans des situations particulières des individus et des organisations travaillent à la conception de règles techniques et de standard comportementaux. Ces situations de conception, et c’est en ça qu’elles sont particulières, procèdent par l’expression discursive et par un mode d’expression qualifié de poïétique. Plus particulièrement elles semblent exprimer une manière originale et probablement conjoncturel de travailler sur l’objet société dans toute ses composantes structurelles. Le travail en est une fois de plus le principal vecteur et la figure (élargie) de l’entrepreneur est son agent. Ils ne sont cependant que des biais par lequel semble-t-il passe la traduction de valeurs qualitatives en valeurs juridiques et aussi en valeurs quantitatives. Le travail de conception d’artefacts est ici sensés déclencher un mouvement d’échange. Un mouvement d’échange conditionnés a un accord sur les finalités envisagées du mouvement. Ces dernières ainsi que les moyens misent en œuvre correspondent aux raisonnements et aux jugements de la population qui les engagent. Cette population embrasse trop large pour être catégorisés dans des profils sociologiques convaincants. En témoigne la diversité des usages. Le critère pour la qualifier est donc la figure de l’entrepreneur délaissant sa seule dimension statutaire au profit d’une dimension capacitante. Ses raisonnements recouvrent par ailleurs en certains endroits les fondements de ceux qui ont modelé l’informatique et qui de manière générale s’exprime dans le domaine des sciences de l’artificiel. Pour cause, ils concernent eux aussi la conception d’artefacts dont la complexité oblige à articuler une multiplicité de points de vue et de sensibilités. Et de plus les agents de ce travail de conception n’ont également, et selon toute vraisemblance, aucun lien d’appartenance. Seul l’objet de la conception les réunit ainsi que les valeurs qualitatives et quantitatives que l’objet semble véhiculer.

C’est dans cet interstice que le tiers-lieu en tant qu’objet semble s’épanouir et accomplir sa fonction. Lorsque qu’il déclenche « sous des formes extrêmement variées » la rencontre d’entités individuées et que celles-ci s’engagent intentionnellement à la conception d’une représentation commune. Cette abstraction configurationnelle peut être déclinée dans quantité de situations. Elle repose sur certains types d’interactions poïétiques. Son milieu de manifestation est contextuel. Il répond à la nécessité de la situation. Et ce qu’il engage est à chaque fois décisif puisqu’il est en conversation approfondie et permanente avec la situation." (p. 249)

DERNIERS MOTS

"Jürgen Habermas a procédé dans certaines mesures à un raisonnement du même ordre concernant les conditions d’apparition d’une sphère publique démocratique. Dès les dernières lignes de l’ "espace public", il envisage la possibilité d’une procédure de la discussion publique permettant "d’assouplir les formes coercitives d’un consensus extorqué par contrainte". Il envisagera plus tard, la souveraineté populaire sous l’angle de sa procéduralisation. Selon lui, l’expression de la volonté de tous "constitue le résultat de la délibération de tous". En synthèse, et pour reprendre les termes consacrés, la définition procédurale de la sphère publique consiste à ne pas seulement envisagé celle-ci comme "une arène destinée à évoquer certains types de sujets et de problèmes", mais comme "une arène destinée à un certain type d’interaction discursive et ce, sans aucune restriction sur ce qui peut être sujet à délibération". Cette procéduralisation concerne explicitement une manière d’intervenir sur les règles. Par l’énonciation de ces invariants, l’intention est dans une certaine mesure la même. À ceci près que la nature des interactions et la manière d’intervenir sur les règles semblent différer. Le tiers-lieu porte l’attention sur la rencontre, l’engagement d’entités individuées et la conception d’une représentation commune. De manière opératoire cette représentation peut s’envisager comme l’établissement d’un référentiel. Un référentiel qui est commun et non public. Quant à ce qu’il se dégage de ce référentiel, cela dépasse le cadre de cette étude. Des trajectoires sont déjà largement observables en certains endroits et en certains temps. Maintenant, rien n’empêche d’envisager l’objet tiers-lieu dans des dimensions encore inconnues afin qu’il accomplisse sa fonction fondamentale qui est le dépassement de la discussion. Mais pour cela, il faut composer une situation..."