Ville de Loos en Gohelle

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Médiatisation de la démarche


Tedx de Jean François Caron, Maire de Loos-en-Gohelle.


Récit de résilience territoriale : 30 ans de développement durable appliqué à Loos-en-Gohelle

Par Julian Perdrigeat

Récit en format PDF : Fichier:Récit de résilience territoriale, octobre 2014, Ville de Loos-en-Gohelle.pdf

La résilience en quelques dates

Du noir au vert.jpeg
  • 1984 Première édition des Gohelliades 
  • 1986 Fin de l'exploitation du charbon 
  • 1989 Création de la Chaîne des Terrils 
  • 1990 Création de Culture Commune 
  • 1995 Premières expérimentations : Révision du P.O.S. & diagnostic participatif 
  • 2000 Charte du Cadre de Vie 
  • 2001 Jean-François CARON élu Maire : systématisation du développement durable 
  • 2002 Sommet de la Terre, Johannesburg, Création du Cerdd et du Cd2e 
  • 2008 Réélection à 82.1 % 
  • 2012 Bassin Minier classé UNESCO, Louvre Lens, Sommet de la Terre, Rio
  • 2014 Réélection à 100 % (une seule liste), label "démonstrateur" ville durable, délivré par l'Ademe 

Conduire la transition

Au départ, Loos-en-Gohelle est un petit village rural, situé dans le Pas-de-Calais. Il connaît pendant plus d'un siècle une croissance exponentielle, mono- indutrielle, basée sur l'exploitation du charbon et l’encadrement des Hommes. On comptait 900 habitants en 1820, vivant principalement de l’agriculture. Ils étaient près de 8000 en 1966, quand au plus fort de la production, 5000 mineurs descendaient quotidiennement "au fond".

Marquée par 9 puits et 8 terrils - parmi lesquels, culminant à 186 mètres, les plus hauts d'Europe - la cité minière, à la fermeture des Houillères, se retrouve exsangue. C'est un monde qui s’écroule, la fin d’un modèle, la "crise" avant l’heure. L’héritage minier est lourd à porter : chômage, humiliation et perte de sens.

Les séquelles environnementales sont terribles. A cause des affaissements miniers, le sol de la commune s’est abaissé de 15 mètres. Les friches ont occupé jusqu’à 20% du territoire communal. Les cours d’eau se sont inversés, puis taris. Ailleurs, ils ont formés de véritables lacs ! Le "pays noir", au sortir du charbon, est un pays dévasté, transformé à jamais par la démesure du colonialisme industriel.

Loos-en-Gohelle fut, au cours des siècles, détruite 5 fois, dont une fois rasée entièrement : la Première Guerre mondiale n'épargna pas même les arbres. Sur son blason, dessiné avec le concours participatif des habitants, rayonne un phœnix : l'oiseau de feu qui, toujours, renaît de ses cendres. Il symbolise la capacité de rebond de la Ville. À ses cotés, une lampe de mineur qui éclaire encore. Elle témoigne d'une dynamique de développement d'avenir fondée sur la force évocatrice du passé. Le lion des Flandres décrit l'ancrage géographique, à la frontière des collines de l'Artois, entre Béthune, Lens et Liévin, dans la plaine de Gohelle. Les trois gerbes de blé rappellent l'identité originelle, toujours actuelle, agricole et rurale, de Loos-en-Gohelle.

La culture, levier de reconquête et de transformation du territoire

Pour se relever, les Loossois partent à la conquête de leur histoire. Au début des années 1980, la Municipalité, emmenée par le Maire socialiste Marcel Caron, fait de la culture un premier levier de transformation. On travaille la mémoire, la notion de trajectoire. On réhabilite les friches pour accueillir des spectacles vivants. Un terril du centre ville est reconverti en amphithéâtre de verdure. On valorise le patrimoine culturel, matériel et immatériel. Avec l'aide de plasticiens et des artistes, on fait du "land art" sur les terrils. On s’invente un imaginaire nouveau : les montagnes noires se transforment, le temps d’un été, en sommet du Kilimandjaro...

Les habitants de Loos retrouvent la capacité d'initiative qui leur avait été confisquée par le système paternaliste minier. Les Houillères exerçaient un contrôle exhaustif de la vie des familles de mineurs : à l’école, au travail, jusque dans les loisirs et dans la sphère privée, en somme du berceau à la tombe.

En 1984 démarre une aventure extraordinaire : la Ville organise la première édition des Gohelliades, un festival culturel populaire. L’objectif consiste à valoriser les vestiges de l’épopée minière : chevalements et usines, voués à disparaître, sont conservés puis réappropriés. Le festival met en lumière la diversité des savoir-faire locaux et l’identité culturelle locale.

Les Gohelliades ont lieu chaque été, chaque année, depuis maintenant trente ans. Véritable outil d’éducation populaire, dernier filet de sécurité sociale quand tout se délite à l’entour, la culture appliquée au terrain permet aux Loossois de créer les conditions du rebond. Par la reconnaissance qu’il apporte, le festival accompagne le travail de deuil entamé par la population : c’en est fini du charbon, finie la société d’antan. Il s’agit d’aller de l’avant en prenant pied sur le passé.

1986 marque la fin de l’exploitation minière à Loos. C’est le début d’une lente métamorphose : ultime fosse encore en activité, le "11/19" ferme définitivement. Après d’intenses négociations avec l’Etat et les compagnies de mine, propriétaires du site, la Ville parvient à y jouer "Terre d'en haut, Terre d'en bas", un spectacle son et lumière participatif. Anciens mineurs et agriculteurs interprètent leurs propres rôles sous le feu des projecteurs. La trajectoire de Loos est ainsi mise en scène. Les Loossois redeviennent littéralement "habitants acteurs" de la Ville et de leur destin.

Diagnostic social et environnemental partagé et premières expérimentations

Ayant retrouvé le goût d'agir ensemble, les Loossois se lancent, au milieu des années 1990, dans la révision du Plan d’Occupation des Sols (ou POS, un document de planification urbaine obligatoire). C’est l’occasion d’un grand diagnostic social et environnemental partagé, afin de partir des besoins, du vécu et de l’expertise d’usage des habitants. Forces et faiblesses, freins et opportunités sont définis collectivement, sous le regard d'experts extérieurs.

Sous l’impulsion de Jean-François CARON, alors conseiller délégué à l’urbanisme et à l’environnement, les services municipaux orchestrent la concertation. Une écoute sociale des quartiers est organisée, des questionnaires sont régulièrement adressés à la population par le biais du journal municipal Echos Loossois, des réunions publiques d’expression libre accompagnent la réalisation d’une étude d'écologie urbaine : sur la base des besoins exprimés, puis qualifiés, elle dessine un plan pour l’avenir. L’étude définit les grandes priorités d’intervention publique.

En parallèle, la Mairie expérimente ses premières opérations concrètes de développement durable : quelques maisons des mines sont, par exemple, rénovées en 1997, Cité Belgique, selon des critères " HQE " (haute qualité environnementale, un label d’écoconstruction). A l’époque, de nombreux appels d’offre restent sans réponses, faute d’être trop précurseurs.

Par cette coproduction du diagnostic, les Loossois aboutissent, ensemble, à la définition d'un programme participatif d'amélioration et de préservation du cadre de vie. Il est formalisé et signé en 2000, cinq ans après le début de la concertation, sous le titre de "Charte du cadre de vie". La Charte est une pierre angulaire dans la trajectoire de résilience de Loos. La Charte annonce un tournant, une rupture avec l’ancien modèle : le choc est accepté, absorbé, les faiblesses du territoire se transforment en forces. Elles deviennent autant d’opportunités d’avancer d’une façon nouvelle. On tire enfin les leçons du passé.

Le document constitue de facto la base d’un Agenda 21 :

  • Gestion et recyclage de l'eau
  • Plan paysager
  • Traitement des déchets
  • Déplacements doux
  • Énergies renouvelables
  • Construction HQE
  • Gestion des risques Information,
  • Formation et implication des habitants

Tous ces objectifs sont placés au cœur du projet de Ville. La désespérance laisse progressivement place à l’espoir. On retrouve prise et confiance. Un cap se dessine à l'horizon.

Un effet d'entraînement sur l'économie : l'écosystème se stabilise

Petit à petit les premiers investissements publics (Europe, Etat, Région) entraînent des investissements privés, un rouage en actionne un autre et les porteurs de projets se multiplient.

La fosse 11/19 est transformée en "Base 11/19" : un lieu hybride où se croisent tous les champs d’application du développement durable. Elle héberge dès la fin des années 1990 des structures pionnières telles que :

  • la Chaîne des Terrils, créée en 1988 pour sauvegarder le patrimoine naturel et industriel hérité des mines ;
  • la scène nationale Culture Commune, lieu d’expres- sion artistique et d’implication citoyenne ;
  • la jardinerie Delbard, aujourd’hui renommée Jardins du Louvre, s’implante en 2000. C’est le premier opérateur économique ;
  • le Cerdd, centre ressource du développement durable et le Cd2e, outil d’intelligence économique sur les écoactivités, le rejoignent en 2004 - 2005 et complètent l’écosystème ;

La Base 11/19 devient le fer de lance d’un développement basé sur les écoactivités. Loos-en-Gohelle est alors "en transition", c’est-à-dire en passe de réussir la conversion d’un modèle de société non durable, fondé sur l’industrie du charbon, à un modèle soutenable dans les limites de la biosphère. Un nouveau modèle "œconomique"(au sens de Pierre Calame) apparaît : économique, écologique, donc politique et sociétal, ancré dans le territoire, centré sur les métiers d’avenir et les écoactivités, animé par des logiques d'économie circulaire et d’économie de la fonctionnalité. Il reste à l'amplifier. L’écosystème territorial, peu à peu se stabilise.

Avec d’autres territoires, Loos ouvre la voie à une transformation écologique, économique et sociale, de la société.

Des résultats systémiques

La politique publique mise en place par Jean-François Caron, élu Maire EELV sur une liste divers gauche depuis 2001, vise la responsabilisation et la capacitation des individus, la durabilité des solutions mises en place et l'innovation, afin d'élaborer, avec la population, les réponses aux enjeux de demain.

La "conduite politique du changement", telle qu'il la définit, suppose une évolution du rôle des élus politiques. Désormais animateurs du territoire, agenceurs et facilitateurs de la coproduction publique, "les élus" ne sont pas les décideurs magnanimes retranchés dans une tour d’ivoire, légitimés au seul moment de l’élection démocratique. Ils sont au contraire les ensembliers d’un processus démocratique, inclusif et itératif, d’élaboration de solutions en "intelligence collective".

S’il est conduit méthodiquement et respecté, le processus d’agencement d’acteurs – un processus à haute technologie sociale, portant sur tous les champs de l’action publique – aboutit à des résultats systémiques qui dépassent les seuls résultats thématiques.

Comme l’intérêt général n’est pas la simple addition des intérêts particuliers, mais résulte au contraire de leur expression, puis de leur confrontation et enfin de leur traduction en objectifs communs, cette méthodologie appliquée à l’organisation du débat, à la contribution des acteurs et à la qualification des besoins est une méthode concrète de conduite de la transformation. Appliquée à l’économie, en partant des usages, et en considérant comme stratégique l’agencement des acteurs, elle est une clé du nouveau modèle.

La Base 11/19, pôle du développement durable

La reconversion de la Base 11/19, dernière fosse d'extraction en activité à Loos, fermée en 1986 par les Houillères, sauvée de la destruction, est devenue "écopôle", ou pôle de référence du développement durable. En plus des Jardins du Louvre Lens, les activités qu’elle héberge sont complémentaires, résolument tournées vers la recherche et l’innovation, aux antipodes de la mono-industrie d’antan...

  • La Chaîne des Terrils, Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement, est un pionnier de la protection de la biodiversité, de la valorisation du patrimoine naturel et minier. Elle joue un rôle fondamental dans l’éducation à l’environnement et dans la recherche scientifique ;
  • Culture Commune, scène nationale du Pas-de-Calais, est un lieu de production et de diffusion de la création contemporaine dans le domaine du spectacle vivant, avec la Fabrique Théâtrale, et la compagnie HVDZ ;
  • Le bureau d’étude Act Environnement, spécialisé en éco-construction. Il est un expert de la haute qualité environnementale (HQE). Avec un pôle pédagogique, il est un référent de la formation professionnelle sur ces enjeux ;
  • Le Cerdd, Centre Ressource du Développement Durable, est un acteur majeur du développement territorial durable et un pilier de la Dynamique Climat Nord – Pas-de-Calais : la politique régionale de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation aux changements climatiques ;
  • Le Cd2e, Création Développement des Éco-Entreprises, est un expert de l’éco- transition. Reconnu en France et en Europe, il est au service du développement des éco-activités. Depuis 2002, il cherche à éclairer la mutation écologique des filières économiques avec, entre autres :
    • Une pépinière pour accueillir et accompagner les éco-entreprises ;
    • Le Théâtre de l’éco-construction, show-room des techniques et matériaux de construction durable ;
    • Le pôle de compétitivité national en économie circulaire, spécialisé en recyclage, valorisation des déchets et recyclabilité des matières et matériaux TEAM2 ;
    • La centrale de recherche et développement en technologie solaire LumiWatt, et ses 22 plots testant 10 technologies de cellules photovoltaïques ;
    • La plateforme collaborative d’analyse du cycle de vie ACV [avniR] ;
  • La Fondation d’Auteuil, installée à proximité et inaugurée en 2013, forme 350 jeunes du territoire par an aux métiers du bâtiment de demain. Avec un diplôme "BBC" en poche (un label de règlementation thermique) pour construire l’avenir.
Énergies renouvelables et écoconstruction

Loos totalise une production photovoltaïque de 177 700 kWh / an, l’équivalent de la consommation annuelle de 69 ménages, dont quasiment 50% produits par les habitants (grâce au soutien de la Ville et de la Région aux particuliers) et les bâtiments publics.

  • Près de 31 ménages ont été accompagnés par la Ville pour la pose de panneaux photovoltaïques.
  • La rénovation de la façade sud de la toiture de l’église en panneaux solaires photovoltaïques rapporte 5000 € par an à la Ville grâce à un partenariat avec Enercoop. Elle permet l’économie de 2,9 tonnes de CO2 par an.
  • 7 véhicules communaux fonctionnent actuellement au GNV, 2 vélos à assistance élec- trique sont à disposition du personnel et les Echos Loossois, journal communal, sont régulièrement acheminés en triporteurs électriques par les services techniques.
  • Le projet VITAL traite la question énergétique sous l’angle de l’alimentation et des circuits courts et de proximité. Aujourd’hui 100% des repas servis à la cantine maternelle sont au bio et 15% au foyer logement pour personnes âgées.
  • La Ville s’équipe également en solaire thermique (foyer logement). Elle a réduit sa consommation électrique de 20% en modernisant une partie de son éclairage public et en installant des horloges astronomiques. Et elle entend bien amplifier le mouvement !

Loos mène une politique d’écoconstruction depuis 1997 et cherche à structurer un modèle économique fiable pour la réhabilitation du patrimoine bâti.

  • Depuis 2000, le chauffage électrique est interdit pour toute nouvelle construction ou opération de réhabilitation.
  • La Ville compte aujourd’hui 146 logements écoconçus, or bâtiments municipaux et institutionnels, avec des opérations comme Villavenir : 6 maisons sociales BBC à haute technologie, réalisée par la FFB. Ou Chênelet : 6 maisons sociales bois BBC avec politique d’insertion sociale, dont la facture éner- gétique annuelle pour un T4 de 80 m2 est de 200 €. Dans les logements miniers traditionnels et non réhabilités, celle-ci s’élève parfois jusqu’à 2000 euros !
  • Des projets ambitieux visent à structurer un modèle économique pour généraliser l’écoréhabilitation des logements anciens : Loos Rehab, à l’échelle de tout un quartier de la Ville (Les Castors), pour des propriétaires occupants, et en articulation avec les bailleurs sur le reste de la commune. Ou encore Réhafutur, dans le cadre du cluster régional Ekwation : réhabilitation d’une maison témoin et de 6 logements miniers.

Récupération de l’eau :

  • Avec 112 m3 de capacité de récupération, la Ville dispose d’environ trois semaines d’autonomie pour ses usages impropres : arrosage, lavage et sanitaires.
  • La pose de noues d’infiltration participe de cette démarche d’épargner cette ressource rare mais néanmoins essentielle !
Cohésion et inclusion sociale

Loos-en-Gohelle fait preuve d'un fort dynamisme local :

  • Doublement du nombre d'associations depuis la multiplication par 10 du FPH (fonds de participation des habitants) en 2001
  • Mobilisation de nombreux bénévoles dans la vie locale tradi- tionnelle (Gohelliades, Sainte Barbe, Corso fleuri...) ou lors d’évènements extraordinaires, comme la Route du Louvre (160 bénévoles mobilisés en 2014 pour 15 000 participants à ce mara- thon et circuit de randonnée, reliant Lille à Loos-en-Gohelle)

L'implication systémique des habitants et des acteurs locaux :

  • De la simple réunion publique d’information à la coconstruc- tion d’aménagements (rue Hoche, espaces publics de proximité, skatepark...) et la coproduction de documents d’urbanisme (Charte du cadre de vie, plan local d’urbanisme...)
  • Leur "capacitation" qu’illustrent notamment les nombreuses initiatives spontanées accompagnées dans le cadre de "fifty- fifty" (un dispositif municipal pour répondre, de façon agile, à toute initiative spontanée provenant des habitants).
  • Dans la perspective d’une opération de renouvellement urbain, Quartier Ouest, une dynamique de proximité, avec un animateur dédié, existe depuis trois ans, véritable jardinier social chargé de faire germer les idées et les projets !
Nature, espaces verts et biodiversité
  • La politique zéro phyto (100% des surfaces publiques) ;
  • La gestion différenciée des espaces verts ;
  • L’utitilisation de peinture à l’eae ;
  • L’aménagement de corridors biologiques favorisant la pénétration de la biodiversité en ville, luttant contre la fragmentation écologique héritée des Houillères (même si ce n’est pas à l’échelle locale que nous parviendrons à endiguer la disparition des hirondelles);
  • La mise en place de 15 km de ceinture verte et de sentiers de déplacement doux, en site propre ;

Le plan local d’urbanisme (PLU, un document de planification urbaine qui remplace le POS) prévoit que chaque habitant se trouve à terme à moins de 200 mètres d’une voie douce, etc.

Économie et emploi

La création d'emplois, certes à notre échelle (environ 350 entre 1999 et 2009) ;

  • Un taux de chômage inférieur de quatre points à la moyenne terri- toriale (mais qui reste supérieur à la moyenne nationale) ;
  • Un indice de développement humain (IDH) supé- rieur à la moyenne régionale ;
  • Le maintien d’un restaurant à proximité du 11/19 (pourtant excentré), l'augmentation du nombre de commerces au centre, la mise en place de systèmes agiles de coopération et de mutualisation entre commerçants (Artiste Bar), ou entre agriculteurs, qui ne relèvent pas de la politique de la ville mais témoignent d’une culture "collaborative" qui s’ancre petit à petit...
  • La conversion de la Ville en destination touristique, en territoire "sport et nature", un changement d’image, l’attrait des entreprises, des structures de recherche et développement, l’implantation de centres de formation, etc.
Révéler les résultats : vers un nouveau modèle

Certains résultats se révèlent peu quantifiables, voire peu visibles. C'est le cas de l'augmentation des compétences collectives de la population, les liens de confiance qui se nouent, la fierté retrouvée. Certains pourraient paraître minimes, infimes, alors qu'ils sont fondamentaux : la prise de parole avérée, en réunion publique, d'un habitant jusqu'ici très en marge de la société ; ou encore le passage d’un autre, d’une posture de "râleur " à celle de " contributeur ", après l’accompagnement par un fifty-fifty de son initiative d’intérêt général (aujourd’hui membre bénévole du conseil d’administration d’une structure publique)...

La Ville est à l’écoute de toutes ces "fines traces", révélatrices de l’aspect inclusif et contributif de son modèle de développement. Elle est également attentive à celles qui révèlent un mécontentement ou une difficulté. Toute pétition est accueillie avec bienveillance : les habitants signataires et mobilisés ont réfléchi ensemble à un problème donné, ils ont donc fait le plus dur. A charge pour la Mairie d’appuyer cette dynamique, cristallisée autour d’une revendication, en énergie positive et en propositions d’amélioration.

Code source d'une méthode locale de conduite politique du changement

La méthode mise en place à Loos comporte, pour résumer, trois piliers, étroitement imbriqués.

1. Impliquer les habitants

De la réunion publique à l'élection, en passant par la concertation, la coproduction, et l'agencement des acteurs dans une démocratie locale "contributive", permettant à chacun de se sentir membre de la communauté, reconnu et utile, et par extension, coresponsable de l’action publique.

2. Entrer par la réel

Faites de petits pas progressifs, elle confère à Loos un statut de ville "pilote" : innovation appliquée au réel en partant des besoins véritables (exprimés et qualifiés), expérimentation, évaluation, généralisation, pour rompre avec la logique du statu quo. Cela nécessite un certain courage politique : accepter de prendre des risques et de faire des erreurs (c’est la base de l’apprentissage et de la connaissance).

3. Penser systémique et transversal

Un schéma qui intègre toutes les dimensions d’un développement durable : du local au global, et du global au local, dans un va et vient constant, tenant compte dans son application, et dans ses conséquences, du milieu naturel, de la culture, du lien social, et de l'économie, dans le but de préserver les ressources naturelles, protéger les biens communs, partager et distribuer la richesse.

Asseoir la trajectoire sur une mémoire

Les trois piliers de la "méthodologie loossoise" reposent sur un socle fondamental : la notion de trajectoire, consubstantielle du travail de mémoire. Celle-ci permet de définir collectivement un futur souhaitable, en ne reniant pas les leçons du passé.

L'expérience de Loos démontre qu'asseoir un nouveau modèle de développement repose sur la force évocatrice d'une mémoire. Travailler et valoriser cette mémoire est à la base du processus de résilience territoriale. Évidemment, tout copier-coller de la méthode est inutile, voire impossible, tant les situations divergent dans leurs réalités et selon le contexte. Pour autant, peut-on envisager une adaptation du "code source" ?

  • Travailler la mémoire, en faire un point d'appui pour mieux appré- hender l’avenir et s’ouvrir, dans sa trajectoire, à la durabilité ;
  • De la culture faire un filet de sécurité social, un levier de recon- naissance, de valorisation et donc d'implication des habitants et, par conséquent, de transformation du territoire ;
  • Porter et partager un diagnostic social et environne- mental pour dessiner l’avenir collectivement ;
  • Partir des besoins et des usages pour penser le modèle économique ;
  • Se confronter à la complexité du réel, appli- quer une méthodologie de terrain ;
  • Être à l’écoute des autres, impliquer les acteurs (associations, entrepreneurs, individus) et s’impliquer dans le collectif ;
  • Mettre les solutions en place communément, dans un cadre de pensée et d’action transversal et systémique, qui ne néglige aucunes des composantes du développement durable ;
  • Oser...
Essaimer

Ces éléments de méthode constituent peut-être les ingrédients de la résilience loossoise, mais ils ne lui sont pas réservés.

Dans la réalité, il existe autant de possibilités de se mettre "en trajectoire" que de communautés de confiance constituées ; autant de voies pour se mettre en "mouvement", pour engager la "transformation", que de collectivités, de territoires, de groupes d'êtres humains rassemblés autour des biens communs qu’ils partagent et défendent et des valeurs qu'ils revendiquent – les émeuvent et les font se lever.

Transition énergétique, adaptation au changement climatique, qualité de l’air et de l’eau, protection des milieux naturels, préservation de la diversité biologique, inclusion sociale, développement économique, redistribution des richesses : les enjeux ne manquent pas !

Face aux défis qui s’annoncent – et individuellement nous dépassent – chacun peut, et doit, en prendre sa part. Comme une part de bonheur qui croît à mesure qu’on s’engage et qu’on la partage.

Vers un changement d'échelle : les cellules souches de la transition

Depuis 2012, date de l’inauguration du Louvre à Lens et de l'inscription du Bassin Minier au Patrimoine mondial – une démarche initiée à Loos en 2002, dix ans après la sauvegarde du 11/19 et son classement à l'inventaire des monuments historiques – une nouvelle ère commence. L’ancien pays noir peut-il – veut-il ? – devenir "archipel vert" ? Peut-il se transformer en "vallée de la biosphère", une silicon valley à la française, des écoactivités ?

La question du changement d'échelle se pose :

  • Comment, avec les autres cellules souches du changement, avec les nombreuses collectivités porteuses de solutions durables ailleurs en Nord – Pas-de-Calais et dans le monde, la Ville de Loos-en-Gohelle peut-elle " faire système ", se mettre en réseau, pour diffuser la transformation ? C’est-à-dire participer à généraliser un modèle sociétal fondé sur la durabilité ?
  • Comment les institutions, nationales et supranatio- nales, peuvent-elles appuyer le changement ?

La question se pose de manière d’autant plus pressante que la désespérance et le fascisme gagnent chaque jour du terrain...

Diffusion à l'international

La Ville de Loos-en-Gohelle est souvent identifiée comme « pilote » du développement durable. Elle s'appuie, pour cela, sur de nombreux résultats concrets, issus de trente ans de recherche et développement (R&D) et une logique de défricher le terrain.

Quels enseignements tirer de la méthodologie du changement appliqué à Loos ? Retrouve-t-on les mêmes fondements dans d'autres territoires durables, appliqués à d'autres contextes ?

Comment les retours d’expérience croisés, entre villes durables, peuvent-il participer à structurer un nouveau modèle de développement qui reste à inventer ?

Nous cherchons actuellement à fédérer un petit réseau international - une communauté de pensée et d'action - pour nous aider à répondre à ces interrogations, profitant de la fenêtre d'opportunité que nous offre COP 21 en décembre 2015, à Paris.

Médias et presse sur Loos-en-Gohelle



Galerie photo de la commune : https://www.flickr.com/photos/124917073@N03/

Documentaire "Hommes, institutions et sociétés : Acteurs du développement durable" : http://www.canal-u.tv/video/universite_rennes_2_crea_cim/hommes_institutions_et_societes_acteurs_du_developpement_durable.6364

Résumé du documentaire

Face aux enjeux et aux risques auxquels la planète est confrontée, le concept de développement durable cherche à concilier trois dimensions : le progrès économique, la justice sociale et la préservation de l’environnement. Dans ce documentaire nous allons approfondir comment ce concept prend corps dans les activités économiques mais aussi comment les institutions politiques et plus largement la société civile intègrent une autre manière d’aborder le développement.

Sujets abordés :

  • les dimensions écologiques, sociales, économiques et politiques du développement durable
  • l’agriculture, l’écologie industrielle et l’éco-conception des produits
  • les voies d’accès au développement durable moins centrées sur des domaines d’activités économiques, à travers, d’une part, l’économie sociale et solidaire et d’autre part, le développement urbain durable.


Nous nous retrouvons à Loos-en-Gohelle, petite ville située dans le Nord pas de Calais où la politique a été menée et est en faveur du développement durable et où se retrouve un bon nombre d’acteurs du développement durable. Une ville « laboratoire » qui constitue un exemple d’application du développement durable social et économique.