Recherche et design : répertorier les poignées de main dans les tiers-lieux

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Révision datée du 17 février 2017 à 13:57 par YoannDuriaux (discussion | contributions) (Exemple : L'Atelier Soudé)
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Le Contexte

Plusieurs groupes de travail des élèves de DSAA en design d'interaction de Villefontaine font une étude de cas sur le système de poignée de main numérique KoDeal dans une démarche de contribution du design à la recherche sur les nouvelles formes de contributions et de réciprocités.

Ici, l'ensemble des étude de cas.


Cette page est dédiée au travail de recherche de Manuel Vazquez qui se concentre sur la question de la poignée de main dans le cadre de la Myne, la Manufacture des Idées Nouvelles qui fait tiers-lieu à Villeurbanne.


Le Postulat de départ

Pour mener cette recherche, il faut définir un cadre d'observation identifié. Ici c'est la Myne, un local considéré comme tiers-lieu et animé par plusieurs projets. Suite à la rencontre et l'échange avec plusieurs membres de la Myne j'ai pu cerner le lieu et les interactions qui s'y jouent.


Typologie des relations dans la Myne

Les différentes casquettes

Typologie des casquettes des membres de la Myne
  • Faiseur — Je viens proposer mes outils ou mes compétences pour répondre à un problème, qu'il soit lié à un projet, au lieu ou à mes expérimentations personnelles
  • Demandeur — Je viens avec une demande ou un besoin que je ne peux pas résoudre tout seul et je fais appel à un ou des faiseurs
  • Porteur de projet — Je viens avec un projet ou une idée de projet pour trouver de l'aide ou une équipe qui voudra s'impliquer dans celui-ci
  • Concierge — Je viens aider, gérer, entretenir et participer à la vie du lieu


Les différentes interactions dans la Myne

Typologie des interactions entre les membres et la Myne
  • Expérimentations — Les faiseurs, seuls ou à plusieurs, font des expérimentations
  • Assistance — Les faiseurs aident ponctuellement celui qui leur demande
  • Collaboration — Les faiseurs aident ponctuellement ou de façon durable un porteur de projet
  • Conciergerie — Tous participent ou s’impliquent durablement dans la vie du lieu


Identification du processus de travail sur un projet

Les étapes d'un projet

Le processus de travail sur un projet (qu'il soit de nature expérimentale, collaborative ou d'assistance) peut être découpé en une série d'étapes fixes. Ce sont tous les besoin auquel il va falloir répondre pour mener son projet à terme. La dernière étape est soit la résolution du problème, l'éclosion du projet ou simplement le résultat de l'expérimentation.

Schéma des étapes nécessaires à la concrétisation d'un projet


Où sont les deals dans un projet ?

Chacune des étape du projet donne lieu à un échange (formalisé ou non) entre le porteur de projet, d'une demande ou d'une envie d'expérimenter. Le premier deal se fait en arrivant dans le lieu. La Myne propose un espace de travail, de rencontre et d'échange avec les autres membres. On peut ensuite faire un deal avec certains membres pour former son équipe de travail. Puis commence un échange de connaissances ou d'idées, des prêts d'outils, des dons de matériel (bois, plastique, tissu, mais aussi clous, colle, papier et autre matière consommable qu'on ne peut pas retourner à son propriétaire). Enfin il faut réaliser l'objet du travail, autrement dit "donner son temps". Chaque participation d'un faiseur fait l'objet d'un deal de son temps.

Les deals dans le processus de travail sur un projet


La dynamique de travail

Évolution de l'énergie demandée et produite par le groupe dans un projet avec et sans cadre

Dans les Tiers-Lieux (sans cadre)

La dynamique d'un tiers-lieu tient dans le bouillonnement des projets, favorisé par la richesse et la diversité des rencontres et des échanges (deals) qui peuvent s'y opérer librement. Faire groupe permet de favoriser les échanges, et ces échanges multiplient l'énergie des faiseurs (bouillonnement). En théorie il est très facile de faire groupe. Mais en grossissant, la demande d'énergie pour faire groupe augmentera plus vite que celle produite par les échanges. On arrive alors dans une "crise énergétique" qui amène soit à basculer sur un modèle encadré pour se pérenniser (un mouvement spontané comme Disco Soupe qui se monte en association) soit à l'érosion du mouvement (la fin de Nuit Debout) quand il n'implose pas d'un coup, sous les conflits.


Le problème du cadre

Si poser un cadre de groupe, une gouvernance, dès la naissance d'un projet semble être une solution pour diminuer à long terme la demande d'énergie du "faire groupe" et donc à sa pérennité, il nécessite une plus grosse quantité d'énergie en amont du projet et devient un frein à sa naissance. De plus, le cadre est rigide et structure les échanges (donc limite leur diversité) et la multiplication de l'énergie risque d'être moindre que celle qu'on connait aujourd'hui dans les tiers-lieux.


Exemple : L'Atelier Soudé

L'[’http://atelier-soude.fr/ Atelier Soudé] fait partie des espaces de la Myne, il s'agit d'une pièce au sous-sol qui accueille tous ceux qui veulent réparer, bricoler, apprendre à se servir de machines insolites. L'Atelier est rempli de matériel et d'outils qui ont été donnés ou récupérés par les membres. En théorie cette réserve est un terrain fertile au bouillonnement des projets des amateurs de bidouille et de bricolage. Malheureusement il est très compliqué d'en faire l'inventaire pour rendre visible sa valeur à tous et l'exploiter au mieux. L'Atelier souffre aujourd'hui d'un manque de visibilité sur la valeur de son propre capital mais aussi sur les compétences de ses membres.

Dans cet exemple, on peut considérer que mettre son énergie dans le travail d'inventaire fait partie du "faire groupe". Et les échanges dans le lieu (et avec le lieu) en seront favorisés.


Le travail d'inventaire est fastidieux et peut être appréhendé de plusieurs façons :

  • Mobiliser ponctuellement un grand nombre de personnes pour répertorier l'entièreté de l'Atelier :

C'est le principe des inventaires dans les centres commerciaux et c'est le positionnement actuel de l'Atelier. L'inventaire effectué en juillet 2016 a permis d'animer la communauté autour de la mobilisation pour aider à ranger, communiquer sur la réparation et partager un repas préparé par une partie des bénévoles. La limite de l'inventaire est sa dimension ponctuelle : l'état des réserves redevient très vite flou car non mis-à-jour.

  • Faire appel au volontariat pour prendre en charge une partie du travail d'inventaire :

C'est une solution qui peut marcher dans un premier temps mais qui va aussi trouver ses limites si le bon-vouloir ne suffit pas à gérer l'entièreté des réserves. L'utilisation de l'Atelier n'en sera alors pas améliorée et les membres qui y ont mis de l'énergie pourraient se décourager voire entrer en conflit.

  • Imposer le travail d'inventaire comme condition à l'utilisation de l'atelier :

Mettre en place un cadre d'échange, un deal, en définitive. L'avantage de cette solution est qu'elle assure une réciprocité permanente et une répartition équitable de la charge de travail qui limitera les conflits. Mais la limite ici c'est que ça demande une énergie conséquente et constante qui peut devenir un poids sur l'activité des faiseurs et un frein au bouillonnement de l'Atelier. Pourtant c'est une solution qui marche lorsqu'elle demande peu d'énergie (participer au rangement et au nettoyage après un événement, par exemple).


Les enjeux de la recherche

  • Conserver la faible demande d'énergie en amont des projets pour favoriser le bouillonnement
  • Réduire la demande en énergie du "faire groupe" pour pérenniser son évolution


Hypothèse : Répertorier les échanges

Cahier des charges

Valoriser les projets

  • Éviter l'inventaire personnel qui demande un engagement pas cohérent avec l'esprit libre et éphémère recherché dans les tiers-lieux.
  • Ils sont déjà porteurs d'une valeur : chaque échange dans un projet a fait l'objet d'une recherche préalable (de compétence, d'outil, de matériel) et rend visible une partie des ressources qui circulent dans le tiers-lieu : Le capital actif mis en commun.
  • L'avantage de prendre le problème par l'angle du projet plutôt que du capital c'est qu'on peut réfléchir à un dispositif qui s'intègre dans la temporalité du projet.
  • Valoriser les projets c'est aussi un moyen de questionner la réciprocité de ces échanges.


Un engagement ad hoc

  • Il ne s'agit pas d'un dispositif qui permet l'échange mais qui en rend compte à posteriori.
  • On évite de faire frein à la naissance des échanges.
  • C'est un moyen de valider l'existence de l'échange auprès du lieu, le comptabiliser.


Scénario d'utilisation

Le cas d'une assistance

J'ai retrouvé un vieux vélo que j'aimerais retaper mais j'ai besoin d'aide :

  1. Je trouve un tiers-lieu (ici, la Myne) je ne vois pas d'intérêt particulier à comptabiliser l'accueil du lieu dans le projet
  2. Je trouve quelqu'un qui sait réparer un vélo (échange de savoir : connaissance en réparation de vélo d'Henri). Il me conseille sur les réparations à faire puis je l'inscrit dans le dispositif.

J'ai donc besoin d'une clef de 9 pour dévisser le cadre, d'une barre en aluminium et d'un étau pour lui donner la forme du nouveau cadre, d'une perceuse pour laisser passer les vis et d'un vernis protecteur.

  1. Je trouve l'étau et la clef dans l'Atelier (échange d'outil : Clef de 9 et étau de la Myne)
  2. Henri me prête sa perceuse (échange d'outil : La perceuse d'Henri)
  3. J'utilise la barre d'aluminium trouvée dans l'Atelier (échange de matériel : Barre aluminium de la Myne)


On retrouve trois types d'échanges :

Légende : Échange avec un pair Échange avec un commun Échange avec le lieu


Dès l'arrivée à la Myne il y a un échange avec le lieu qui offre un espace de rencontres, de partage et de travail (ainsi de que des outils et du matériel en libre-service dans le cas de la Myne). En échange, les membres de la Myne participent à la vie et l'entretien du lieu. Les échanges avec un ou plusieurs membres peuvent consister en un prêt de matériel, un partage de savoir ou de savoir-faire, la communication d'une information, ou encore un échange de service. L'échange avec un commun se fait principalement de l'écosystème des communs vers l'individu qui y puise des connaissances et des informations libres et ouvertes mais la réciproque existe lorsque le porteur de projet décide de mettre son projet et les connaissances acquises sous licence libre.

Représentation des points d'échange lors d'une expérimentation à la Myne
Représentation des points d'échange lors d'une assistance à la Myne
Représentation des points d'échange lors d'une collaboration à la Myne