Notes d'intention TTCOF16

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Pourquoi "Tiers­-lieux, Numérique et Design" ? (2016­-30)

TIERS-LIEU

Si l'on écarte les logiques de représentation prospectiviste, les mutations du travail peuvent être vécues dans leurs complexités, dans leurs ambiguïtés, dans leurs véracités. De fait elles rejoignent en certains endroits la fiction tant un schisme sépare les modèles d'organisations institués et celles émergentes. Un schisme qui concerne autant la manière dont le travail est vécu que sa finalité. Le travail est ici vécu comme acte de création et de capacitation. C'est le travail artiste où la production de services à valeur de mise en mouvement d'une transformation sociétale. Comme toutes productions de services, cette mise en mouvement s'opère par une relation approfondis entre les disciplines, les techniques, les organisations, les cultures, les individus. Le tiers-lieu s'est ainsi constitué comme une configuration sociale où se concrétise cette hybridation. Mais comment les individus réunis en tiers-lieu redessinent-ils les activités humaines ? De la même manière que les bistrots, les cafés, les salons littéraires ont, par la conversation, la sociabilité et la marchandisation des biens culturels, fondé l'espace public politique, quel est le récit commun qui se construit en tiers-lieu. Quelle est la grande subjectivation collective ?

NUMÉRIQUE

Ce qui différencie le tiers-lieu d’autres agencement du même ordre, c’est la maîtrise du code informatique, ou tout du moins de ses raisonnements, de ses méthodes d’analyse, de design, de son agilité, de ses règles et de ses modes de production. Des conditions cognitives particulières qui débouchent à la fois sur une innovation juridique permettant la patrimonialisation des savoirs et sur une certaine socialité capable de s’en servir. Cet infini conservatoire digitale, bibliothèque de babel dématérialisé, ne se consomme pas, il se produit en continu dans une boucle cybernétique. L'activité humaine qui en découle est inclusive, voir intrusive. Dans le cadre de la biennale, cela se matérialise par l'expérience d'un public devenant travailleur à son insu. Un public producteur d'information de par les biens numériques qu'il transporte avec lui. Des informations directement et visiblement exploité sous ses yeux. Mais également un public à qui s'offre la possibilité de repartir avec l'exposition et de l'exploiter lui-même. Concrètement, l'ensemble des informations produites ou exposer (produits, service, infrastructure) dans le cadre du pavillon tiers-lieu de la biennale sont informatisés et rendus accessibles au plus grand nombre. Par le numérique, l'exposition se dégage du carcan temporel de l'événement et devient reproductible. Par le numérique, l'objet, le service ou l'infrastructure exposé, si impressionnante et inaccessible paraissent-ils, deviennent une opportunité d'implémentation locale. Non pas par sa commercialisation, mais en laissant la libre possibilité de les étudier, de les modifier, de les reproduire, de les améliorer.

DESIGN

Dans le tiers-lieu, une transformation sociale est mise en mouvement par un découpage en trois temps : la conception, la création et la production de service. C'est l'entièreté de ce geste qui est offert au regard et sous différent média. Le temps de la biennale est un temps dans ce continuum mais l'événement à une antériorité et une prolongation qui sont eux-mêmes objet de l'exposition. Le temps de l'exposition met en lumière, esthétise et contribue à un mouvement dissocié du temps de l'exposition en lui-même. Il participe par le design à l'invention d'un quotidien autre. Cette transformation que le design et le temps d'exposition réalise sur l'objet exposé se vérifie et se donne à observer par une activité menée toute l'année précédant la biennale. Cette activité a pour ambition de transformer, sur trois périodes espacées dans l'année, l'objet de consommation représentatif de l'organisation du travail du siècle dernier : l'automobile. Dans une configuration en tiers-lieu et avec des impératifs contextuels de réductions massive de l'empreinte écologique, il s'agit non seulement de prototyper et d'exposer un véhicule biodégradable et open source, de donner à voir le système de production qui a permis sa production mais également de la concevoir en tant que commun. C'est à dire en tant qu'objet en co-responsabilité.