Modèle économique d'un espace de coworking

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Sommaire

La dimension réelle du modèle économique


Introduction

Nous allons reprendre dans cette section l'ensemble (le plus exhaustif possible) des possibilités pour développer une offre intégratrice de Coworking. Cela ne signifie pas que toutes les composantes doivent être mises en œuvre. Au contraire, une approche "à la carte" peut être privilégiée et permettre ainsi de prendre en compte le terreau local, avec ses codes explicites et implicites, le contexte propre à chaque Tiers Lieu.

Quelle est la proposition de valeur du Coworking ?

Pourquoi vient-on dans un espace de coworking ?

On se rend dans un espace de coworking pour de multiples raisons: premièrement: la curiosité, en effet ce type de structure d’origine anglo-saxonne est en pleine expansion, et a fait ses preuves dans différentes régions de la planète, donc certains veulent “essayer” cette nouvelle manière de travailler. Ensuite, certains membres rejoignent un espace de coworking parce qu’ils sont las de rester travailler chez eux, ils souhaitent se rendre dans un “tiers-lieu” afin de ne pas confondre lieu de travail et domicile. Enfin, une grande majorité des coworkers (freelanceurs, entrepreneurs, employés détachés de leur lieu de travail) se rend régulièrement dans l’espace en vue de lutter contre l’exclusion physique. Bien que les relations virtuelles se décuplent, certaines personnes ont besoin de contacts physiques, pouvoir rencontrer, échanger, sur un plan professionnel ou personnel avec des gens qui ont les mêmes valeurs fondamentales qu’eux. Il existe aussi des utilisateurs qui ont une idée, une compétence, et/ou du temps à allouer et qui sont à la recherche de projets humanitaires, d’entreprise, d’association. Ces gens là viennent ainsi à la recherche de certaines compétences ou profils de personnes pouvant créer des synergies et ainsi développer une activité ou un projet.

Que vient-on y chercher ?

On se rend dans un espace de coworking tout d’abord parce que c’est un espace de travail alternatif, c’est une nouvelle manière de concevoir le travail, et le coworker devient acteur de ce changement. Nous tenons à préciser qu’un espace de coworking n’est que la représentation physique d’une mentalité, d’un état d’esprit et d’une communauté. Ce qui est important dans un espace de coworking, c’est avant tout les valeurs communes à l’espace et ses membres. Il s’agit du partage, de l’entraide, de la conviction que la diversité fait la force, la conviction des atouts d’un système collaboratif. Une autre composante essentielle du coworking concerne l’appartenance au territoire et l’envie commune de dynamiser et d’impacter positivement son environnement.

Quels sont les éléments constitutifs de notre offre auprès de nos publics cibles ?

On distingue trois éléments constitutifs de la proposition de valeur: Tout d’abord, l’espace de coworking offre un espace de travail avec l’infrastructure nécessaire telle que des bureaux, chaises, lampes, fax, photocopieur, paper board, serveurs informatiques et connexion internet (Must-be). Au delà de ça, les membres viennent chercher une ambiance particulière, ouverte sur les autres: des événements informels permettant aux membres de se rencontrer.
Par exemple, une machine à café stratégiquement positionnée de telle sorte que les échanges entre membres soient favorisés. Les coworkers veulent aussi un endroit propice à la création et à l’entreprise puisque souvent il n’y a pas de règlement imposé, mais simplement des règles implicites de respect du lieu et des membres, élaborées par la communauté elle même, des bureaux à partager, etc.
Après, la part la plus importante de la proposition de valeur d’un espace de coworking réside dans l’immatériel: les coworkers se déplacent dans les espaces parce qu’ils souhaitent rencontrer des gens qui ont des valeurs communes aux leurs, qui veulent eux aussi faire les choses autrement. Ils recherchent ce climat de confiance et un enrichissement au travers de membres aux brackgrounds multiples. Un espace de coworking est également un vivier de compétences, d’expériences et de conseils incarnés par des membres qui sont ouverts, qui souhaitent partager leur savoir. Enfin les utilisateurs d’un espace de coworking viennent chercher un réseau qu’il soit professionnel (en vue de monter des projets) ou d’ordre personnel (afin de développer des relations amicales). Il est également possible d’accéder à une batterie de services, tels que des formations thématiques proposées par des professionnels, coaching individuel et collectif, service de restauration, banque de connaissances…

Qui sont les bénéficiaires directs et indirects?

Explication des bénéficiaires directs

Les bénéficiaires directs sont les acteurs a qui sont adressés la proposition de valeur. Deux acteurs sont communs à tous les espaces: les membres de la communauté et le(s) concierges. On compte parmis les membres de nombreux entrepreneurs, des personnes en freelance, des employés d’entreprises détachés de leur structure, des étudiants, etc. Les concierges sont des volontaires rémunérés en nature (réduction sur leur abonnement) ou des professionnels employés par l’espace de coworking. Ils assurent la dynamique du lieu et sont garants de son bon fonctionnement.

Liste non exhaustive des bénéficiaires indirects

Les bénéficiaires indirects des espaces de coworking sont nombreux et tendent à se multiplier au fil du temps parce que la communauté et leurs activités se développent.

  • Les populations locales (voisins, écoles, etc.) : le dynamisme de l’espace de coworking et l’ensemble de ses projets profitent à cette “communauté” externe.
  • Les organisations du troisième secteur (associations, ONG) qui rentrent en interaction avec l’espace au travers d’évènements ou encore de partenariats.
  • Le tissu économique (entreprises, petits commerces, etc.) environnant le lieu est aussi un bénéficiaire indirect. En effet ces derniers profitent du dynamisme et de la densité de la communauté.


Ce qu'on y fait, ce qu'on y trouve

Tableau à double entrée : activités à mettre en œuvre et ressources matérielles et immatérielles

Activités clés Ressources
Mettre à disposition des outils de travail Matérielles:
  • connexion wifi,
  • bureaux,
  • chaises,
  • paper board,
  • fax
Permettre un cadre de travail agréable
  • Financières ou matérielles :
    • décoration,
    • machine à café,
    • salle de détente (baby foot, salle de musique…)
  • Immatérielles: créativité de la communauté
Animer la communauté et faire en sorte que les coworkers échangent entre eux Humaines : Le concierge a ce rôle de coordinateur et d’accélérateur de rencontres
Disposer d’un espace physique (un local) Avantage en nature ou ressources financières des collectivités
Organiser des événements formels et informels Immatérielles : contacts/réseau du concierge et de sa communauté
Faire émerger des projets qui ont un impact sur le territoire, ou qui sont corrélées aux valeurs de l’espace
  • Ressources financières
  • Immatérielles :
    • compétences,
    • réseaux,
    • temps des membres
Services
  • Ressources financières
  • Humaines : intervenants, formations, coaching

La valeur clé du Coworking réside dans l'immatériel


Qu’est ce qu’une ressource immatérielle?

Les ressources immatérielles sont des actifs de l’entreprise qui ne sont pas palpables, cependant elles peuvent être monétisées. Par exemple, un espace de coworking peut décider de vendre sa marque (incluant sa réputation/ notoriété). Les ressources immatérielles se développent principalement grâce au concierge et à la communauté mais aussi au travers de la culture, des valeurs, des effets de synergies, etc. En opposition avec les ressources physiques, les ressources immatérielles sont inépuisables, de telle façon que plus on les utilise et plus elles se développent. En conséquence, les espaces de coworking regorgent de ressources immatérielles de part la nature de leurs activités et leurs valeurs.

Ces ressources naissent du capital humain, organisationnel et relationnel de l’espace de coworking. Le capital humain renvoie aux capacités et potentiels des hommes et femmes composant l’espace de coworking. Le capital organisationnel renvoie aux capacités à mettre en œuvre et à faire vivre des processus qui vont mobiliser et animer des ressources. Le capital relationnel incarne la qualité des relations entretenues avec les différentes parties prenantes externes à l’espace de coworking.

Voici une liste non exhaustive des ressources immatérielles catégorisées selon le capital humain, organisationnel et relationnel de l’espace de coworking :

Capital humain Capital organisationnel Capital relationnel
  • Confiance
  • Empathie
  • Sentiment d’appartenance à la communauté
  • Culture de la communauté
  • Expérience des collaborateurs
  • Connaissance
  • Diversité de la communauté
  • Capacité d'accueil des nouveaux collaborateurs
  • Le type de gouvernance
  • Gestion de la communauté
  • Co-décision avec les collaborateurs
  • Accélérateur de rencontres
  • Rapprochement privilégié avec les acteurs du territoire

Comment faire émerger les ressources immatérielles ?

Les ressources immatérielles doivent être cultivées quotidiennement afin de pouvoir en tirer le meilleur. L’état d’esprit, les valeurs et la vision du concierge sont des éléments déterminants pour créer un environnement favorable à l’émergence des ressources immatérielles. Son rôle est aussi essentiel, d’une part parce qu’il est le garant des valeurs du tiers-lieu, d’autre part parce qu’il permet de créer et maintenir un terreau favorable à l’émergence de ces valeurs. La culture spécifique à chaque espace de coworking permet de faire émerger un certain nombre de ressources immatérielles au sein de la communauté. Cette dernière doit différencier sa culture réelle, sa culture ressentie et sa culture préférée :

  • la culture réelle est la culture existante,
  • la culture ressentie est celle intrinsèquement perçue par chacun des individus qui la composent,
  • la culture préférée est celle idéalement souhaitée par les membres.

En conséquence, il est important d’aligner ces trois niveaux afin de faire émerger et valoriser les ressources immatérielles de manière optimale.

Finalement, Il est aussi possible d’investir de l’argent pour développer des ressources immatérielles, comme par exemple recruter un concierge supplémentaire ou organiser des évènements fédérateurs. Ces investissements financiers doivent être consacrés aux 3 domaines : humain, organisationnel et relationnel.


Exemple pratique : mise en place d’une “banque d’idées” grâce au financement d’une plateforme web pour la communauté afin de récolter feedbacks, nouvelles idées, pistes d’améliorations, …, sur une thématique. Ces idées constituent des ressources immatérielles pour le tiers-lieu et permettent de développer de nouvelles offres, services, ou compétences au profit de la communauté.

Impacts indirects d'une offre de Coworking

Les impacts indirects d’une offre de coworking peuvent être autant négatifs que positifs. Dans un souci de compréhension nous les catégorisons en deux rubriques : les impacts sociaux et les impacts environnementaux.


Acteurs bénéficiant ou subissant un impact indirect Impacts indirects positifs (externalités positives) Impacts indirects négatifs (externalités négatives)
  • Coworkers
  • Concierge
  • Collectivités
  • Partenaires
  • Sponsors
  • Investisseurs

Impacts indirects positifs sociaux

  • Création d’emploi
  • Entraide
  • Lutte contre l’isolement
  • Motivation
  • Relation amicale
  • Création de liens sociaux
  • Montée en compétences
  • Développement de l’entrepreneuriat local
  • Développement du sentiment d’appartenance

Impacts indirects positifs environnementaux

  • Économies d’énergies grâce à la mutualisation des espaces et des équipements
  • Impacts écologiques sur le territoire
Impacts indirects négatifs sociaux
  • Copie des projets développés dans l’espace

Impacts indirects négatifs environnementaux

  • Consommation d’énergie
  • Émissions de CO2 liées au transport

Ce tableau montre le nombre important d’impacts indirects positifs que peuvent générer les espaces de coworking par rapport aux impacts indirects négatifs. Nous sommes convaincus que la monétisation de ces impacts est une piste de développement pour les espaces de coworking.

Cassons le mythe : la productivité est finalement un concept simple… ou pas…


La productivité, c’est quoi? C’est le rapport entre le travail produit et les ressources allouées. Combien une machine est capable de produire de biens en une heure? Combien de biens un employé est capable de produire en une heure?

C’est tout simplement ça le concept de productivité: établir le rapport entre la quantité produite, (la création de richesse) et les ressources allouées, en l’occurrence ici on parle de productivité horaire puisque l’on rapporte la production au temps passé pour la réaliser.
Par exemple, si un employé produit 500 boites en 5 heures, alors la productivité horaire de cet employé sera de 100 boites/heure. Un autre exemple peut etre celui de la productivité machine; si 100 machines produisent 1000 pièces par jour, on peut parler d’une productivité machine de 10 pièces par machine par jour.

On peut également parler de productivité du capital: lorsque j’investis 100 euros, combien vais-je perçevoir à terme? Si par exemple je percois 150 euros lorsque j’investis 100 euros, alors la rentabilité du capital sera de 1,5. Deux moyens permettent d’améliorer la productivité: soit on arrive à réduire les ressources utilisées tout en conservant la meme production, soit on augmente la production avec les mêmes ressources.

Dans le premier cas on parle de réduction des couts, et dans le second il s’agit de mieux utiliser les ressources disponibles.

… c’est parfois moins évident …

Il nous a semblé pertinent d’aborder la notion de productivité des ressources immatérielles, étant donné la place prépondérante de l’intangible dans notre business model.
Nous choisissons de discerner les ressources immaterielles déployées en externe (c’est à dire toute la richesse générée par des partenariats avec les parties prenantes ), des ressources immatérielles identifiable en interne (c’est à dire ce qui est intrinsèque à l’individu: compétences, expériences…, et ce qui se situe dans la relation aux autres collaborateurs internes: émulation collective, confiance…)

En externe


*Économie d’adoption : l’expérience et le développement des ressources immatérielles entre les acteurs permettent d’accélérer les process. Par exemple en créant un partenariat avec une organisation externe pour effectuer des achats en commun.

*Économie de complémentation : trouver des terrains de jeux communs avec un partenaire, parfois très différent de son secteur d’activité, pour améliorer les process de l’un et l’autre. Le système de gouvernance et la confiance doivent être extrêmement forts et développés. Par exemple en créant un partenariat avec une école ou avec des étudiants autour de problématiques communes (transport, développement personnel, etc.)

*Économie d’intégration : développement de coopération/ partenariat entre les acteurs. On cherche des solutions intégrées qui mixent produits et services. Il faut une grande connaissance du système de chaque acteur et un process de gouvernance adapté.
Par exemple, on peut imaginer une association et une entreprise de restauration qui proposent un service de repas à la communauté. Il y a économie d’intégration quand une partie des process sont similaires (création de menu, les coworkers travaillent dans les cuisines, etc.)

En interne


Peut-on parler de déterminants de productivité des ressources purement immatérielles?

Revenons sur le concept de productivité d’une ressource: c’est le rapport entre les ressources engagées et le produit/travail de ces ressources.
Nous savons que certaines ressources immatérielles sont aujourd’hui quantifiables telles qu’une marque, ou un brevet….Néanmoins le champ des ressources immatérielles est vaste et la recherche dans ce domaine est encore à ses prémisses. En effet, nous ne sommes pas capables actuellement de quantifier toutes les ressources immatérielles telles que la motivation ou la confiance.

On peut imaginer quantifier les couts inhérents à l’établissement de cette confiance, par exemple: l’investissement dans un logiciel de partage d’infos interne, qui va favoriser la transparence entre les personnes, et donc favoriser la confiance entre elles. Cela peut aussi passer par l’organisation d’évènements informels qui va rapprocher les gens et encourager la confiance de manière ludique via des activités en groupe. Ici encore il est possible de calculer le coût d’organisation de ces évènements et ainsi quantifier cette ressource confiance.

Bien qu’il soit possible de quantifier certaines ressources immaterielles, certaines sont beaucoup plus complexes à appréhender et c’est surtout la valorisation du travail/produit de ces ressources qui est difficile.
Si l’on conserve cet exemple de confiance: bien que tout le monde s’accorde à dire que la confiance entre les équipes est essentielle, comment mesurer les retombées économiques de cette confiance?

Dans ce cas, il faudrait arriver à déterminer la valeur ajoutée de cette confiance, c’est à dire la part du chiffre d’affaire ou du bénéfice réalisé grâce à la confiance, par exemple. Pour cela, il faudrait idéalement pouvoir comparer deux organisations strictement similaires ayant la même activité dans la même région du monde, sur une période donnée, avec une structure dans laquelle il n’y a aucune confiance entre les salariés et l’autre où la confiance serait une valeur fondamentale, entretenue chaque jour depuis des années.

Il serait interessant de mesurer la difference de performance économique des deux organisations. S’il éxiste un écart alors on pourrait en déduire potentiellement que la ressource immatérielle: confiance impacte directement la performance.

Mais comment s’assurer que le potentiel differentiel de performance serait entièrement dû à ce critère de confiance? Et comment s’assurer que la confiance est strictement à 0 pour l’entreprise sans confiance?

La vérité, c’est que nous avons pas les moyens aujourd’hui de réellement quantifier tant les ressources que le fruit de ces ressources. Il est donc par définition impossible de parler de productivité des ressources immatérielles puisque l’on ne connait pas les variables de l’équation!!
Bien que difficilement quantifiables, les ressources immaterielles au sein d’un espace de coworking sont abondantes, c’est surtout pour ca que les gens s’y rendent plutôt que le simple fait de travailler sur un bureau..

La dimension économique et financière du modèle économique

Introduction

La dimension économique et financière est une composante essentielle dans un modèle économique, puisque sans modèle viable, un espace de coworking ne peut être pérenne. Au sein d’un espace de coworking, differents services sont proposés (bibliothèque, restauration, casiers, salles privées..) en plus du service de base (bureaux, chaises, wifi, paper boards…). Tous ces services représentent un cout qu’il va falloir facturer aux utilisateurs, ce qui donnera lieu à des revenus. Il existe 2 principales sources de revenus: les frais d’adhésion et la facturation de services individuels.

Ensuite la dimension financière a une importance considérable: avant de pouvoir proposer tous ces services et ainsi générer des revenus, l’espace de coworking a un fort besoin d’investissement initial. Il faut en effet financer toute l’infrastructure (le local, les serveurs informatiques, les bureaux, canapés, la communication) en amont. Nous verrons qu’un espace de coworking offre plusieurs possibilités de financement, de nature privée, publique, institutionnelle ou communautaire.

Quels sont les centres de coût d'une offre de Coworking ?


Les espaces de coworking sont caractérisés par une structure de coûts fixes et variables. Les coûts variables sont proportionnels à l’évolution de l’activité; au contraire, les coûts fixes sont stables dans le temps. Principaux centres de dépenses :

Fixes Variables
  • Loyer
  • Salaires et Cotisations sociales
  • Entretien des locaux
  • Connexion à Internet
  • Investissement mobilier
  • Investissement informatique
  • Fournitures de bureau
  • Maintenance
  • Consommation d’eau et d’énergie
  • Inévitablement le café !
  • Publicité/communication

Notre étude démontre que les trois postes principaux de dépenses sont le loyer, les investissements mobiliers et les investissements informatiques. Nous constatons que la majorité des coûts d’un espace de coworking sont fixes. Ils doivent donc être payés quelque soit le chiffre d’affaire, au risque de se retrouver au passif du bilan (et donc en dettes). En observant que les coûts les plus lourds sont fixes nous proposons des solutions concrètes pour réduire leur poids dans le bilan :

  1. Obtenir le financement d’une partie de ces coûts par des tierces personnes. Nous développerons cette idée dans la section « Comprendre comment monétiser les externalités » comment se faire financer une partie de ces dépenses.
  2. Faire des économies d’échelle en partageant le lieu avec un autre Tiers Lieux du type incubateur, café de réparation, Fab Lab ou toute autre activité commerciale. Notre étude démontre que les équipements sont parfois sous-utilisés et peuvent être mis en commun avec une autre organisation pour diviser les coûts inhérents à l’activité.
  3. Transformer les coûts fixes en coûts variables. Il s’agit tout simplement de contrôler, détailler et analyser ces charges fixes régulièrement afin de mieux les optimiser. C’est en élaborant des budgets mobiles à moyen terme (de 1 à 3 ans) qu’on l’on peut analyser les postes à la hausse ou à la baisse. Ceci afin d’en identifier l’origine pour élaborer des axes de progrès ou des actions correctives entre le budget et sa réalisation.

Quels sont les besoins de financement d'une offre de Coworking ?

Les approches classiques

L’approche classique de financement d’une activité repose principalement sur 2 systèmes : le financement privé et le recours à la dette auprès d’établissements bancaires ou bien le financement public provenant de la région, la municipalité, …

Ces deux sources de financement sont intéressantes mais présentent plusieurs faiblesses. La première, c’est que l’argent des banques “coûte cher”, puisqu’il faut ensuite rembourser le montant emprunté et les intérêts. C’est un prêt et non un don, qui rend l’espace dépendant. De plus, l’investissement privé des fondateurs notamment, constitue certes une source de financement, mais qui reste souvent limitée. On peut également ajouter que le risque de perte est important et repose sur seulement une ou quelques personnes. Le financement public est une possibilité intéressante, néanmoins il existe plusieurs limites : la première c’est le phénomène de dépendance auprès des collectivités, la seconde concerne les décalages de trésorerie, puisque les subventions sont souvent versées plusieurs mois après l’ouverture de l’activité, sans parler de la complexité des montages de dossiers. Enfin, en période de crise comme celle que l’on connait, l’enveloppe financière de subventions tend à se réduire de manière drastique, ce qui va rendre l’obtention de ces subventions d’autant plus difficile.

Les approches innovantes

Heureusement, nous allons voir qu’il existe aussi de nombreuses autres sources de financement innovants.

La plus connue, et la plus en vogue à l’heure actuelle est le crowdfunding. C’est à dire le financement participatif. Le financement participatif fait d’autant plus sens dans ce type d’activité parce qu’un espace de coworking repose sur un pilier essentiel: la communauté. Or cette communauté est animée par les mêmes valeurs et peut ainsi potentiellement s’impliquer dans le financement de l’espace via de petits dons. En effet, lorsque la communauté atteint une certaine taille, il est ainsi possible de collecter une somme conséquente, et surtout en un minimum de temps et un minimum de risque puisqu’aucune contrepartie n’est demandée, excepté des réductions sur les abonnements ou un accès privilégié à certains services.

Une autre forme de financement rattachée au crowdfunding est interessante, il s’agit du système de préventes. En effet, un des facteurs clés de succès d’un espace de coworking réside dans la communauté. Comme expliqué précedemment, il est necessaire de constituer un “noyau dur” avant de mettre en place l’espace physique (le local). Cela permet notamment de s’assurer de l’engagement d’un certain nombre de membres qui va “prépayer” un forfait de “membre permanent”, préalablement à l’ouverture de l’espace”, ce qui constitue une cagnote de départ non négligeable. La nuance qu’il existe avec le crowdfounding traditionnel, c’est que ce dernier permet la collecte de fonds sous forme de dons sans contrepartie liée à l’activité, contrairement au système de préventes qui n’est que de la vente d’abonnements avec avance.

Une autre manière de se financer peut etre le recours à la philantropie, c’est à dire le don de montants importants de la part d’individus aisés souhaitant promouvoir un projet humaniste et contribuer à rendre la société meilleure, et ce de manière désinteressée. La philanthropie peut aussi être incarnée par une entreprise, une fondation qui se bat pour une cause humaine, sociale, parfois afin de redorer le blason d’une entreprise, parfois par simple volonté altruiste de l’équipe dirigeante. Les montants colléctés provenant de la philanthropie représentent généralement des sommes importantes qui malgrè la crise n’ont pas tendance à diminuer.

Une source de financement est particulièrement interessante dans le cas d’espace de coworking, c’est le financement public. Le coworking a pour vocation de lutter contre l’exclusion sociale, le chomage et favoriser l’innovation via l’intelligence collective au service du territoire. Les missions que remplit le coworking sont en cohérence avec les missions et les politiques locales de la ville et du territoire. Les collectivités et l’Etat on donc tout intérêt à favoriser la pérennité de ce genre de lieu et à soutenir son activité. Ces acteurs publics peuvent soutenir l’espace de coworking grâce à deux modes d’interventions : des avantages en nature tels que la mise à disposition d’un local, ou bien des subventions qui peuvent être échelonnées dans le temps ou pas. Enfin, la vraie innovation s’opérera dans l’hybridation de ces differents modes de financement: de nature publique et privée, ensemble. Il ne faut néanmoins pas oublier de prendre en compte la philosophie de chaque espace, la mentalité propre à chaque tiers lieu.

Quels sont les centres de revenus d'une offre de Coworking ?


Les approches classiques

Les espaces de coworking tirent leurs revenus au travers des subventions, des adhésions, des évènements et des services qu’ils offrent.

Comme une majorité des espaces de coworking, leur fonctionnement est soutenu par la collectivité ou la région et un grand nombre de tiers-lieux bénéficie de subventions publiques. Celles-ci varient selon le rôle que joue l’espace de coworking sur le territoire et de la mission sociale qui lui a été confiée. La majorité du chiffre d’affaire est générée par les forfaits d’adhésion des membres. Leur montant est dégressif et varie donc selon la fréquence. L’objectif n’étant pas d’avoir trop de membres permanents, ce poste de revenus doit trouver un équilibre entre hausse de fréquentation et rotation des membres au sein du tiers-lieu. Les évènements ont un triple objectif pour les espaces de coworking et leurs membres. Tout d’abord ils permettent de se rémunérer sur la « sous-location » de l’espace à des personnes externes. Cela sans gêner le rythme de travail de ses membres pendant la journée, la mise à disposition de l’espace le soir offre un complément de revenu. Ensuite, l’organisation d’événements permet de faire connaître le lieu puisque chaque personne qui franchit la porte est potentiellement un nouveau membre ! Enfin, c’est aussi l’occasion pour les membres de promouvoir et faire la publicité de leur projet de création, humanitaire, etc. Les services proposés par les espaces de coworking représentent une troisième manne de revenus. Ils sont nombreux, renforcent l’attractivité du lieu et offrent un certain confort aux adhérents et sont généralement demandés par la communauté.

Les approches innovantes

L’objectif de ces propositions est de rendre indépendant les espaces de coworking des subventions publiques et leur fournir un modèle de revenus durable. Ceci dans le but de concevoir un modèle économique capable de financer le coût de fonctionnement et les investissements futurs. Mais tout d’abord précisons ce que nous entendons par « approches innovantes » :

  1. La monétisation des ressources immatérielles
  2. La monétisation des impacts non intentionnels de l’espace de coworking


Apprendre à tirer profit/ valoriser des Ressources Immatérielles

Les espaces de coworking regorgent de ressources immatérielles qui peuvent être monétisées. Elles peuvent être mises à profit des parties prenantes pour incuber des projets externes ou internes, répliquer des projets développés en interne ou encore offrir une expertise sur un sujet. Aussi l’open source est un point important pour la monétisation des ressources immatérielles. Elle permet de mettre à disposition des informations/ des process de manière ouverte et gratuite tout en conservant l’expertise quant à l’utilisation de ces informations, ce qui peut faire l’objet d’une monétisation. En d’autres termes, les ressources immatérielles sont un tremplin vers l’accès à une nouvelle source de revenus.
Exemple de monétisation des ressources immatérielles : FYF est un espace de coworking dans la périphérie de Nantes. Comme tous les autres espaces de coworking, il déborde de ressources immatérielles telles que le lien social, les connaissances et le savoir-faire de la communauté ou encore l’expérience de la communauté sur certains sujets. Egalement conscients de leur potentiel, les concierges du lieu en accord avec la communauté décident de mettre à disposition ces ressources immatérielles au profit des parties prenantes. Une offre de prestation de service est développée pour aider les entreprises à gérer leur communauté de clients, ceci étant une des forces des espaces de coworking.

Un espace de coworking est un vivier de compétences, un espace au sein duquel tout est fait pour favoriser les échanges, et développer des projets impactant positivement le territoire. Ainsi, dans certains cas, il est possible d’associer un incubateur à l’espace de coworking, afin de faire émerger un maximum de projets. En effet, un projet incubé maximise les chances de succès. Ainsi lorsqu’un projet émerge de l’espace de coworking, il a la possibilité d’etre incubé, c’est-à-dire de bénéficier de nombreux conseils, d’un suivi personnalisé par des experts. En contrepartie, l’espace de coworking pourrait entrer au capital du projet et ainsi bénéficier de rentes lorsque le projet devient rentable. Ou alors, en contrepartie du suivi personnalisé, l’espace de coworking est en mesure de demander une redevance financière au porteur de projet encore une fois si le projet émerge !

Comprendre comment monétiser les externalités

Chaque espace de coworking a des impacts non voulus (externalités), positifs ou négatifs, sur ses parties prenantes. L’identification des externalités est facilitée en analysant les relations entre l’organisation et chacune de ses parties prenantes. Une liste non exhaustive peut être constituée afin de mieux cartographier les impacts non voulus les plus faciles à monétiser.

Les externalités positives bénéficient à une tierce personne parce qu’elles permettent de réduire un coût ou un impact qu’il soit d’ordre environnemental ou social. En conséquence, la gestion et l’augmentation de ces externalités peuvent faire l’objet d’une monétisation. Ce nouveau revenu peut être exprimé en euros s'il y a facturation de la hausse de cette externalité positive, ou bien il est peut être en nature.

Exemple de monétisation d’une externalité positive :
FYF est un espace de coworking dans la périphérie de Nantes. Cet espace, au modèle économique innovant, cherche à monétiser une externalité positive : l’augmentation des interactions sociales des personnes âgées. FYF mise sur la richesse de sa communauté et la multiplication des évènements sociaux pour mieux intégrer ces personnes. Ensemble, ils imaginent un système où les personnes âgées mettent à profit leur temps et compétences au service de la communauté. En contre-partie, ils recoivent une rémunération liée aux services rendus à la communauté. Cette opération win-win-win permet à ces retraités d’avoir plus de relations sociales, de valoriser leur savoir faire et leur expérience tout en touchant une somme d’argent. Cela permet donc à la communauté de monter en compétence à faible coût, et à l’espace de coworking d’augmenter son dynamisme et de percevoir un pourcentage sur les transactions.

Ensuite, les espaces de coworking ont des impacts non intentionnels négatifs sur leurs parties prenantes. Ces externalités peuvent être monétisées si on arrive à les réduire et que cet amoindrissement fasse l’intérêt de quelqu’un, d’une collectivité, d’une entreprise ou d’une ONG.

Exemple de monétisation d’une externalité négative :
FYF cherche à monétiser une externalité négative: la réduction de l’inactivité des jeunes qui mène à un chômage fort et des tensions sociales. FYF se tourne vers les collectivités locales qui sont concernées par cette externalité. Après plusieurs rencontres, les décideurs politiques s’engagent contractuellement à rémunérer l’espace de coworking. En échange, l’espace développe des projets sociaux sur le territoire, qui vont permettre à la ville de réduire l’inactivité des jeunes des quartiers sensibles et de les réinsérer sur le marché de l’emploi.

En conclusion, l’objectif de ces propositions vise à rendre indépendants les espaces de coworking des subventions publiques et de leur assurer un modèle économique capable de financer son coût de fonctionnement, ses investissements et son développement futur.