La Myne/3

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Le Tiers-Lieux Les activités L'évolution


Une brève histoire de la MYNE

Article original : La MYNE : une Manufacture des Idées et Nouvelles Expérimentations autonome Par Rieul Techer

La Paillasse Saône

“A l’origine [...], la MYNE a été le réceptacle des activités de l’association La Paillasse Saône. Définie initialement comme le (tiers)-lieu physique d’actions de la communauté de la Paillasse Saône, la MYNE a peu à peu débordé de ce cadre. En effet, elle ne représente plus ’seulement’ un "laboratoire communautaire ouvert dédié aux cleantech et biotech" (...) mais une diversité d’activités, de communautés, de pratiques et de projets faisant tiers-lieu aussi bien sur le plan matériel et physique qu’immatériel et virtuel. Nous sommes passés de “bio-hackerspace auto-proclamé” à “espace hybride partagé, vécu et expérimenté”. Bref, un Tiers-Lieux !

Photo de la dépendance de la MYNE [Nicolas Loubet — CC-BY-NC-SA]

Pour rappel, La Paillasse Saône a été lancée en réponse à la frustration d’un monde de la recherche, de l’entreprise et de l’industrie trop fermé, trop cloisonné, trop pyramidal, etc. étouffant ce que l’on pourrait décrire comme “l’esprit d’initiative” (si tant est qu’il existe). À cette frustration s’ajoute de nombreuses rencontres fortuites et une bonne dose de motivation(s) pour faire émerger PanDyBox… un embryon de MYNE, brouillon, jeune, un peu fantasque mais qui a eu le mérite de formaliser un projet, un cadre et une équipe qui ont accompagné et soutiennent toujours l’aventure (Claire B.D.C., Emilie F., Pierryves P. Charlotte R. et en toile de fond mais toujours présent Yoann G.D.).

La Paillasse « Paris » (de 2013) a fortement inspiré ce projet : “La Paillasse Saône est un projet indépendant et un essaimage du concept du bio-hackerspace parisien la Paillasse” (La Paillasse Saône, Blog) et a permis la mise en place d’un cadre de valeurs commun et partagé. Nous nous reconnaissons d’un patrimoine commun et d’une identité commune par de nombreux aspects : la recherche, la science ouverte, l’open source, le hacking… La Paillasse Pairs de 2013 (et par extension — ou infusion — le /tmp/lab) nous a en effet fourni un cadre pour penser et expérimenter un eco-hacklab sur la Métropole de Lyon, lui même enrichi, étendu et dépassé par les apports successifs d’autres pratiques.

   “Si, sur le plan des valeurs, nos positionnements sont très proches, s’ils l’ont été sur la plan des pratiques ce n’est aujourd’hui plus cas”

MYNE en (r)évolution

Tiers-Lieux Mode d’Emploi — Quinzaine Francophone Open Source 7–18 Avril 2014 Saint-Etienne [Crédit: Hélène Pouille / Licence CC-BY-NC-SA]

La MYNE : à la confluence des influences

La MYNE, riche de la diversité des pratiques qui la constituent a très largement dépassé le cadre initial de La Paillasse Saône. Influencée et inspirée de toutes parts, elle a intégré et remixé un ensemble d’influences pour s’adapter à son milieu. Citons pêle-mêle : la communauté des tiers-lieux avec notamment Yoann D., Antoine B., Yann H. ; Hackuarium avec notamment Yann H., Luc H., Clement D. et Yann P. ; Cellabz avec Nicolas L., Clement E. ; le mouvement “des communs” avec notamment Julien L, Simon S., Maia D., Florence L.N. et Alain M. ; le biomimétisme avec Xavier C., Michka M. et Henri D. ; les modes de bioproduction circulaire avec Bruno V. et Philippe G. ; les Bricodeurs avec Xavier L. ; BeyondLab avec Bernabé C., Arturo G. et Xavier B., ; es arts numériques (et au delà ) avec AADN et notamment Pierre A., Fréquence Ecoles avec Dorie B. et Pauline R. ; le CCO avec Fernanda L. ; Nova7 avec notamment Emile H. et Geoffroy B. ; Simplon.co avec Mathilde A. ; les espaces de coworking avec La Ruche, Locaux Motiv, la Cordée, l’Atelier des Médias ; les fablabs & hackerspaces avec le LOL, l’Electrolab, la FOL, la Fabulerie, OpenFactory, Fablab Bacelona, Valldaura et Lab01  —  ou plus spécifiquement (bien avant les débuts du Lab01) Isabelle R.  ; les Open Source Circular Economy Days avec Timothée G. ; les Colibris ; OpenARA avec notamment Connie et Benjamin C.P. ; les “Repair’ Café” et ateliers de réparation avec l’Atelier Soudé, Change de Chaines ou les Bikers de l’INSA de Lyon ; l’AlterTour ; Ethereum avec Slock.it avec notamment Stephane T. et Primavera D. F. ; Ticket for Change avec notamment Violaine R.... et plus largement, une multiplicité de personnes (geeks, artistes, technophiles, inventeurs, penseurs, ‘anarchistes’, libertariens, designers, rebelles...) et d'initiatives inclassables ou déclassées comme le squat l’Oblik, IMAL à Bruxelles, Calafou dans les hauteurs de Barcelone, le London Hackerspace, le Lyon Bron Open Lab, BioHackingSafari avec Quitterie L. et Aurélien D., ou encore Hakers Against Natural Disaster avec Gaël M..

La MYNE comme écosystème corallien vue par Alizée G. [Photo Alizée Gérard — CC-BY-NC-SA]
   L’histoire de la MYNE c’est l’histoire d’un écosystème — qu’il soit corallien ou forestier — qui crée les conditions pour s’adapter à son environnement

La MYNE a ainsi étendu (et ne cesse d’étendre) son horizon d’inspiration “manifeste” avec The Critical Engineering Manifesto, The Cyberpunk Manifesto, Le Manifeste des Tiers-lieux Open-Source(s), l’Ethique du Hacker et le Manifeste des Oasis en tout lieu (...) pour compléter le DIY Bio Code of Ethics.

La MYNE : une communauté de pratiques

SummerCamp 2015 : Petit déjeuner de mise en place [Photo Rieul Techer — CC-BY-NC-SA]

La MYNE est née des pratiques de la communauté qui la composent. Avec par exemple le #NAMEIT — “naming” collaboratif , le #DIWO — les “remix” collaboratifs, le #JFDI — le “faire” et “faire-ensemble”, l’#EXP — “l’expérimentation permanente” et “l’apprentissage pair-à-pair”, le #DOISME — “tu fais, tu décides”, l#OPENSOURCE — “ne jamais recommencer de zéro” et le #COLIVING — le “vivre-ensemble”, il s’agit de pratiquer nos codes. A l’image des 9 principes du MIT Media Lab de Joi Ito (Joi Ito’s 9 principles of the MIT Media Lab” — Matt Stempeck, MIT Center for Civic Media), l’orientation prise par la MYNE depuis ses débuts semble s’en rapprocher. Ces grands principes viennent (dé)structurer un cadre de pratiques et de pensée :

MIT Media Lab
  • Désobéissance plutôt que Conformité
  • (At)Tirer plutôt que Pousser
  • Boussoles plutôt que Cartes
  • Emergence plutôt qu’Autorité
  • Apprentissage plutôt qu’Education
  • Résilience plutôt que Solidité
  • Systèmes plutôt qu’Objets
  • Risque plutôt que Sécurité
  • Pratique plutôt que Théorie
   Le fil rouge de cette expérience : MYNE-A-Lab, un laboratoire de l’autonomie ou un maison expérimentale, autonome et connectée.
Tiers-Lieux Mode d’Emploi — Quinzaine Francophone Open Source 7–18 Avril 2014 Saint-Etienne [Crédit: Hélène Pouille / Licence CC-BY-NC-SA]

La MYNE ne se définit pas. Elle se vit, se construit et se déconstruit non pas au fil du temps mais des interactions. C’est un écosystème ouvert et non isolé, une « machine » à produire du désordre, ou de l’entropie.

   “L’intuition commune comprend déjà difficilement le concept d’énergie, cette grandeur qui, pour un système isolé, a la propriété de se conserver indéfiniment. Autrement surprenant est le concept d’entropie. Pour le même système isolé, l’entropie, dans le meilleur des cas, restera constante, mais en dehors de ce cas très théorique des transformations réversibles, elle ne fera que croître indéfiniment.” — Wikipédia, ‘Entropie’

La MYNE est un commun au service d’une communauté de pratiques, au delà des communautés de valeurs, et dans une dynamique de communauté apprenante. La MYNE fait donc sa mue et acte une identité de pratiques tout autant que de valeurs qui lui sont à la fois propres et partagées, et grandement inspirées.

Montage LittleBits par Benjamin et Connie C.P. [Photo Benjamin et Connie Chow-Petit — CC-BY-NC-SA]

La MYNE / La Paillasse Saône / La Paillasse

Il est important de souligner deux points vis-à-vis de la Paillasse : (1) Ce n’est pas un divorce puisqu’il n’y a pas eu de mariage (2) Nous sommes “Paillasse” au sens des valeurs comme nous sommes “tiers-lieu” au sens des valeurs et des pratiques (si tant est qu’il y ait des valeurs et des pratiques caractéristiques des tiers-lieux).

La particule “Paillasse” de La Paillasse Saône est issues de 3 volontés communes : (1) Se revendiquer d’une même philosophie de faire (pratiques) et de penser (valeurs) (2) Être une brique et participer de la constitution d’un “réseau des Paillasses” dans un cadre d’essaimage indépendant permettant de fluidifier les collaborations entre Paillasses (3) Ne pas recommencer de zéro et profiter de l’expérience de La Paillasse pour accélérer la mise en œuvre du projet, tout en contribuant à l’effort d’expérimentation de ce type d’initiatives (open-source).

À l’évolution du contexte décrit vient s’ajouter le retour d’expérience de ces 3 années qui a démontré que : (1) Si l’on se rejoint aujourd’hui en grande majorité sur les valeurs, les pratiques entre La Paillasse Paris et la MYNE diffèrent sensiblement — ce qui fait la richesse de ces écosystèmes (2) Si l’on participe d’un effort de constitution d’un réseau, celui-ci est avant tout aujourd’hui opérationnel, centré sur les pratiques, et ouvert au delà d’un cadre “Paillasse” —  rien n’étant fait aujourd’hui en ce sens “dans un cadre Paillasse” (3) Si fluidification des collaborations il y a, elle ne se fait pas entre “les Paillasses” mais avec d’autres acteurs se retrouvant, là encore, sur des terrains communs de pratiques — peu voire pas de collaborations sont à ce jour en cours entre La Paillasse Paris et la MYNE par exemple (4) Si l’on ne souhaite pas recommencer de zéro, deux choses sont nécessaires, au delà d’une marque commune : la documentation et le partage des pratiques ainsi que l’accompagnement à l’appropriation de ces pratiques — je précise que les efforts (documentation / partage / accompagnement / appropriation) ne sont pas unilatéraux mais se doivent d’être réciproques.

En regard des éléments de contexte et d’historique qui ont participé de la construction de la MYNE, ainsi que de l’inadéquation entre les volontés de départ liant La Paillasse Saône et La Paillasse Paris et leur déclinaison pratique au cours des années, une identité commune ne nous parait plus pertinente depuis fin 2016 / début 2017.

Par autonomie nous n’entendons pas autarcie ou indépendance pure, mais relations d’inter/co-dépendance au sein d’un écosystème de confiance qui, dans un monde de plus en plus complexe, nous parait plus approprié. Cette autonomie, comme condition de liberté (“la capacité du sujet à déterminer ses règles” — processus d’individuation mais pas que), de maitrise (“la capacité du sujet à déterminer effectivement ses règles”), et d’égalité (“capacité de jouir de droit égaux” — processus d’inclusion mais pas que), peut, si non dirigée par et pour la domination, permettre de créer les conditions propices à l’autoréalisation individuelle (la capacité à se réaliser soi) et l’autodétermination politique (la capacité “à se donner les règles de la vie en commun”). [“Sauver le progrès”, Peter Wagner]

Témoignages de mynois.e.s

Mélia Villard

26 janvier 2017

Vite ! Ecrire, pour ne pas oublier. Mais ne pas oublier quoi ? Ce sentiment, cette émotion, ce « truc » qui depuis près de 2 ans m’innonde, ou parfois juste m’emplit dès lors que je passe la porte. Et même avant ça, dès le portail de cette maison, qui de loin, ne paye pas de mine : La Myne. Et pourtant déja, dès l’arrivée dans la rue. On voit bien que quelque chose ne dénote avec les autres maisons. Le tableau dehors, avec des petites affichettes et des inscriptions à la craie « ouvert » , ou « concierge du jour ». Cette sensation que tout est possible, au cas on on l’avait oublié, ou même d’ailleurs, si on n’y avait jamais pensé jusque là. Les idées fusent. Parfois elles retomberont aussi vite qu’elles sont apparues, parfois elles deviendront concrètes avant d’avoir eu le temps de dire ouf. Mais au final qu’est ce que ça me « fait » d’y être, d’en être ? Ça recharge les batteries. Les batteries de foi en l’humain, et de foi en soi. Les batteries d’envies, de niaque, d’apprentissage. Est ce qu’on vient là pour sortir de la merde dans laquelle on baigne, ou pour éviter la merde qui pourrait arriver ?" C’est une question qui a été posée pendant la masterclass. Surement un peu des deux. Mais pas que. Je ne sais pas vraiment si c’est une émotion, un sentiment, ou autre chose. Mais c’est tellement « là » que j’en ai du mal à le nommer. Est ce que si on le nomme, on qu’on essayer de le nommer ça n’existera plus ? Non, en fait, même sans écrire, je pense que j’oublierai pas. C’est gravé là parce que je sais sur quoi ça me fait avancer. Ma légitimité. Ma légitimité d’être dans ce lieu, y trouver ma place, un rôle. Ma légitimité d’être là, de jouer un rôle, d’avoir un poids dans quelque chose, qui va bien au delà de ces murs, de ce portail et même de cette ville. Je suis légitime pour faire bouger le monde ! On l'est tous et toutes quand on passe cette porte, et on l'est ensemble ! Ce « truc » qui m’emplit, c’est ça. Je vous dit pas à quel point c’est déstabilisant à vivre. Un peu comme un premier orgasme. On ne comprend pas tout, et puis on en redemande.
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