Impact des TIC sur l'environnement

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Introduction

L'Homme est aujourd'hui entré dans l'ère de l'informatique et des nouvelles technologies. Le développement d'Internet, des réseaux sociaux, des outils de communication ont complètement changé notre manière de penser. L'avènement du numérique, au début annoncé comme une alternative à la consommation de papier et à la déforestation, a en réalité un coût environnemental très lourd.
Quelles sont les conséquences des Technologies de l'Information et des Communications (TIC) sur l'environnement ? Comment pallier à cet impact écologique important sans pour autant renoncer aux TIC et aux nombreux services qu'ils nous rendent ? Les trois parties ci-dessous exposent respectivement les risques environnementaux, les solutions ainsi que les aspects juridiques relatifs à l'utilisation et la fabrication des TIC.

Les risques écologiques liés aux TIC

  • Contribution au réchauffement climatique

Etant donné le nombre d'ordinateurs, de smartphones, de tablettes, écrans, consoles de jeux vidéos, etc. les TIC contribuent de manière conséquente à la consommation en énergie des ménages et des entreprises, et donc au réchauffement climatique.

- Tout d'abord lors de leur fabrication, les TIC consomment d'énormes quantités de combustibles (plus de 10 fois la masse du produit fini) ainsi que des tonnes d'eau claire, notamment pour le traitement du silicium.

- Ensuite, lors de leur utilisation, elles requièrent beaucoup d'énergie. Ceci est accentué par de nombreuses et lourdes mises à jour qui prennent du temps de calcul donc consomment. Une utilisation non responsable peut aussi augmenter significativement la consommation et donc la facture d'électricité (ordinateur laissé allumé en permanence, utilisation excessive des Smartphones, chargeur de téléphone laissé branché sans le téléphone,...)

  • Pollution

Aujourd'hui, avec l'avènement de l'ère informatique, plusieurs centaines de millions d'ordinateurs sont remplacés chaque année et une grande partie des déchets est enfouie sous terre. Pire, certains déchets sont envoyés illégalement en Asie ou en Afrique dans des conteneurs soi-disant destinés au réemploi des TIC là-bas (matériels d'occasion et non déchets). Même si cette estimation est difficile à faire, on pensent qu'environ 150 000 tonnes de DEEE sont exportées chaque année vers les pays du Sud par les pays de l'UE. Ils atterrissent alors dans des décharges à ciel ouvert, rejetant de nombreuses substances polluantes dans l'atmosphère et dans le sol, pouvant même infiltrer les nappes phréatiques.

  • Risques pour la santé

Cette pollution et le retraitement des déchets par les populations locales peuvent avoir de graves impacts sur la santé des personnes qui vivent à côté de ces décharges. En effet, les métaux lourds et autres éléments nocifs contenus dans les TIC (Brome,...) provoquent cancers, fausses couches, saturnisme, etc. Cependant, pour ces personnes, ce travail est un moyen de survivre au jour le jour. Ainsi, elles continuent à traiter ces déchets dans des conditions déplorables. Pourtant elles sont souvent bien conscientes des risques. En effet, leur entourage et les autres travailleurs de ces décharges sauvages ont une très faible durée de vie (30 ans le plus souvent), des maladies respiratoires et de la peaux, etc.

Citation trouvée sur le site de GreenIT : "80 % des enfants qui vivent à Guiyu souffrent de maladies respiratoires. Le taux de plomb dans leur sang (15.3 μg/dL) dépasse la moyenne chinoise (9.29 μg/dL). En France le seuil de danger est fixé à 5 µg de plomb par dl de sang."

  • Épuisement des ressources non renouvelables

Le cuivre pourrait manquer d'ici 2020 ! De nombreuses ressources sont utilisées pour la fabrication de nouvelles technologies et une partie d'entre elles sont rares à tel point qu'elles entrainent des conflits pour leur possession (voir l'exemple du coltan en République démocratique du Congo). Leur exploitation massive conduit ou conduira sous peu à une pénurie de ces matériaux. Il s'agit donc de penser rapidement à une solution durable pour remplacer ces éléments ainsi que d'adopter une conduite qui pourrait améliorer la durée de vie des technologies de l'information et de la communication. Il est peut-être possible que certain polymères offrent bientôt des solutions.

Cependant il faut s'attendre, si rien n'est fait, qu'il ne reste de ces matériaux que dans les pays ayant stockés les TIC jetés par les sociétés occidentales. Les pays d'Asie où se trouvent ces décharges disposeront alors d'une richesse importante dont pourraient dépendre les sociétés occidentales (risque de guerres,...). De plus, ces déchets risquent de toujours y être triés dans les conditions présentées précédemment, donc au détriment des populations locales.

  • L’impact des TIC sur l’énergie

Selon un rapport de l'agence d'études et de conseil en environnement Bio intelligence services datant de 2008, les TIC représentaient, en 2005, 2% des émissions de gaz à effet de serre (GES) en Europe. Un chiffre voué à augmenter, jusqu'à doubler d'ici 2020. Les rejets de gaz à effets de serres peuvent provenir de la fabrication de ces appareils, de leur transport, de la production de l'énergie liée à leur fonctionnement, mais aussi des méthodes utilisée pour traiter les déchets qu'ils génèrent. Plus particulièrement, Pierre Galion - de la direction de la communication de l'Ademeen - note qu'en France les TIC contribuent à hauteur de 13,5% à la facture électrique.

En 2013, 507 milliards de mails ont été envoyés dans le monde. Les mails, moyens de communication immatériels et surtout rapides, semblent une alternative propre à la lettre papier. Pourtant, sans parler des problèmes de sur-utilisation des mails dans l'entreprise ("infobésité"), ainsi que du stress qu'ils peuvent générer (étude menée par des chercheurs de l'université de Colombie-Britannique au Canada), on sait aujourd'hui qu'ils ont un impact énergétique non négligeable. La fabrication des ordinateurs contribue pour près de 80% à l'impact des mails sur le changement climatique. Cependant, il faut aussi compter la consommation d'énergie nécessaire à l'envoi du message et à sa lecture, ainsi qu'au stockage des données dans les data centers.

Résultat : l'envoi d'un mail d'un mégaoctet est estimé à environ 20 grammes équivalent CO2, 5 grammes équivalent fer et 5 grammes équivalent pétrole.


Paradoxalement ce sont ces mêmes TIC qui sont utilisés en masse par les entreprises pour se donner une image plus "verte". Voir l'article sur le greenwashing.

Réduire l'impact environnemental des TIC

  • Recyclage

En 2006, seuls 10% des appareils électroniques étaient recyclés en Europe. En 2010, moins de 25% des déchets électroniques en France étaient traités par l'un des 4 organismes agréés pour le recyclage (5,6 kg /an/ habitant sur près de 25 kg/ an/ habitant). Ainsi, il reste encore beaucoup de progrès à faire pour améliorer le recyclage de nos appareils que ce soit dans la collecte, le traitement (complexe et coûteux) ou encore dans la sensibilisation au recyclage (pour les particuliers et les entreprises). Il faut noter que même un appareil recyclé génère des déchets (par exemple : 13% d'un écran ne peut être recyclé et est enfoui ou incinéré).

  • Augmenter la durée de vie des TIC

Le contexte de concurrence économique s'oppose a priori à la durabilité des TIC et contribue ainsi à augmenter considérablement leur empreinte écologique. Certaines entreprises vont jusqu'à écourter volontairement la durée de vie de leurs produits à fin d'augmenter leurs ventes, c'est l'obsolescence programmée.
Plusieurs comportements permettent d'augmenter la durée de vie de nos TIC :

- Ne pas mettre à jour systématiquement les versions de logiciel ou les applications, les nouvelles versions étant souvent bien plus lourdes d'utilisation pour nos TIC ce qui les ralentit et diminue leur durée de vie.

- Mettre en veille ou éteindre les périphériques non utilisés. Près de 2 réacteurs nucléaires sur les 58 en France (chiffres de 2013) tournent en permanence pour alimenter nos appareils en veille, et cela représente encore plus d'énergie de les laisser allumer !

  • Réemplois des appareils non utilisés

Nous changeons certains de nos appareils alors qu'ils fonctionnent encore ou ne nécessitent que de petites réparations pour être réutilisés. Des associations (comme Emmaüs) et des entreprises ont donc décidé de reprendre ces appareils, de réparer ceux qui pouvaient l'être et de favoriser leur réemploi. On peut citer Orange qui récupère des portables inutilisés (mais qui fonctionnent) en France et qui les propose en Afrique pour améliorer l'accès aux TIC sur ce continent (sachant que des collecteurs sont créés là-bas pour récupérer ces appareils en fin de vie et les envoyer au recyclage en France).

  • Etude sur le produit avant lancement

Etant donné les lourdes conséquences de l'utilisation des TIC sur l'environnement, mais surtout les importantes mesures à mettre en place pour y remédier (recyclage, traitement des nappes phréatiques...), il est légitime de mettre en question les caractéristiques des nouvelles technologies, ainsi que leurs effets possibles sur la santé et l'environnement.
En effet, aujourd'hui, très peu d'entreprises qui développent des innovations technologiques à but communicationnel ou informatif se soucient des dommages qui pourrait être infligés des années après le lancement du produit. En effet, les motivations sont largement économiques et l'entreprise n'a a priori pas grand chose à gagner à s'intéresser à ces aspects-là.
Il s'agit donc, dans un premier temps, de sensibiliser les entreprises aux conséquences environnementales des TIC et, dans un deuxième temps, de mettre en place des amendements prévoyant la mise en place de spécialistes sanitaires et environnementaux qui pourront décider si, oui ou non, la nouvelle TIC est conforme aux normes appropriées. Dans le cas contraire, il sera conseillé de reprendre certaines composantes de l'objet en question et, en cas de litige, les tribunaux trancheront.
Cela permettra à terme une gestion beaucoup plus éco-responsable des TIC.

  • Fabrication et achat éco-responsable

Certaines entreprises essaient de fabriquer du matériel électronique plus éco-responsable et d'avoir des politiques écologiques. Cela peut passer par l'utilisation de plastique recyclé ou par la réduction de l'emploi de PVC ou de retardateurs de flammes bromés. On peut retrouver les entreprises informatiques les plus responsables grâce à des classements de Greenpeace ou encore trouver du matériel éco-responsable grâce à certains sites (par exemple sur achetonsdurable.com).

On peut ajouter qu'il est prévu d'après un rapport du GIEC en 2014 que ne pas agir aujourd'hui pour l'environnement engendrera des coûts plus importants que ceux qui auraient permis d'éviter un trop fort impact de nos sociétés sur celui-ci. Et ce autant pour les Etats que les entreprises. Celles-ci ont donc visiblement des avantages à tirer d'un investissement pour diminuer l'impact environnemental de leurs produits.

  • Actions locales

Certaines municipalités et certaines entreprises ont des initiatives pour inciter les personnes à participer à la réduction de l'impact des TIC sur l'environnement. Par exemple, la Ville de Canne a organisé en 2014 une grande collecte des téléphones portables inutilisés pour qu'ils soient reconditionnés pour la vente ou recyclés. Les bénéfices étaient reversés au Téléthon. On peut aussi citer Orange qui offre un bon d'achat dans ses magasins pour la remise d'un téléphone mobile usagé. Cette démarche montre qu'une entreprise peut arriver à concilier activité économique (cette opération génère sans doute des bénéfices à partir des appareils récupérés) et responsabilité des entreprises vis à vis de l'impact de leurs produits sur la société et l'environnement même après qu'ils aient été vendus !

Aspects légaux

Législation actuelle

  • Loi Hamon contre l'obsolescence programmée

Cette loi mise en application le 2 mars 2015 oblige les fournisseurs à informer leurs clients sur la disponibilité des pièces de rechange de leurs produits.

  • Projet de loi sur la transition énergétique

Plusieurs lois relatives aux TIC sont crées ou renouvelées dans ce vaste projet législatif sur le développement durable.

  • L'Eco-participation en France

Depuis 2005, suite a une directive européenne, la loi française a prévu un élargissement de la responsabilité des différents acteurs de la production sur le cycle de vie de leurs produits.

Les fabricants, les importateurs ou encore les revendeurs sont maintenant responsables de leurs produits jusqu'à ce qu'ils soient rebutés.

Tous ces objets doivent être contrôlés, triés puis démantelés et recyclés ou jetés.

Cela se traduit notamment par l'instauration d'une écoparticipation que le consommateur paie sur chaque produit électronique acheté. Celle-ci est reversée à un des 4 quatre organismes agréés qui s'occupent du traitement des déchets (Eco-systèmes, Ecologic, ERP et Recylum (pour les lampes)).

Ceux-ci vont utiliser cet argent pour rémunérer entre autres :

- les sociétés chargées de la collecte des déchets (par exemple les bornes de collectes que l'on trouve dans de nombreux magasins) ;

- les prestataires spécialisés dans le traitement des déchets ;

- les collectivités locales (notamment les décharges municipales qui prennent en charges ces appareils).

En 2009, le montant total des écoparticipations était de 190 millions d’euros.

Propositions de mesures législatives

  • Obliger la publication, pour chaque technologie, de la durée de vie moyenne du produit afin de donner une information sur la durabilité aux consommateurs
  • Renforcer la loi Hamon pour favoriser la conception de TIC à pièces remplaçables

Les Eco-Labels

Ils permettent de valoriser les pratiques écologiques des entreprises tout en accroissant leurs performances.

  • Les différents Eco-Labels*

Tous les écolabels ne sont pas semblables et ils ne sont pas tous aussi fiables les uns que les autres. Il faut donc bien avoir en tête les différents labels:

Les écolabels officiels (type I) sont délivrés par Afnor Certification. En France, seul l’écolabel européen et la marque NF Environnement sont officiels.

Les écolabels indépendants (type II) sont octroyés par des groupes d’intérêt qui peuvent être des associations d’intérêt écologique, des associations d’entreprises ou de professionnels.

Les écoprofils (type III) fournissent des informations standardisées sur un produit, notamment sur son analyse du cycle de vie qui présente le bilan des matières entrantes et sortantes à chaque étape de la vie du produit. Les labels de ce type standardisent des données et ont comme avantage aux yeux des consommateurs de permettre la comparaison des produits entre eux (exemple : l’énergie consommée par un PC).

  • Quelques exemples d'Eco-Labels pour les TIC*

- 80plus vise à augmenter l’efficacité énergétique des alimentations électrique de matériels informatiques. Les alimentations électriques bas de gamme de PC ne dépasse pas 60 à 70 % d’efficacité. 30 à 40 % de l’électricité consommée par le PC est donc convertie en chaleur…

- Epeat, créé aux Etats-Unis par le Green Electronic Council (GEC) : celle-ci permet de comparer les différents matériels informatiques (PC, écrans, portables...) en fonction de leurs caractéristiques écologiques.

- Green Code, ce label témoigne de la consommation d'un site, sanctionnant les codes inefficaces ou encore les contenus riches mais inadaptés.

- Blue Angel, créé en 1977 par le ministère de l’écologie Allemand : c'est la plus vieille certification environnementale dans le monde. Elle s’applique, entre autre, au matériel informatique.

- Climate Savers : Délivré notamment à Google, Intel, Dell, IBM, Lenovo, Microsoft, HP, Sun, AMD, Yahoo,… Ce programme vise à sensibiliser les entreprises et les consommateurs aux problèmes climatiques et à leur faire prendre conscience que chacun peut agir à son niveau.

Et un exemple de label de la région stéphanoise et touchant plus la responsabilité sociétale et environnementale de l'entreprise, elle-même :

- le label ENR avec comme slogan "devenez une Entreprise Numérique Responsable" Ce label désigne une entreprise numérique qui intègre volontairement des préoccupations éthiques, sociales et environnementales dans ses activités commerciales et dans ses relations avec toutes les parties prenantes internes et externes.

Ressources bibliographiques

  • Les risques écologiques liés aux TIC

http://www.eco-systemes.fr/

http://portablesusages.com/recyclage-ordinateur-quebec/

http://recyclaginformatique.free.fr/index.php?page=exemples_frappant

http://observers.france24.com/fr/content/20131219-togo-lome-imprimante-3d-dechets-electroniques-e-waste-wafate

http://www.actu-environnement.com/ae/news/technologies-information-communication-tic-energie-emissions-ressources-12985.php4

http://www.greenit.fr/article/materiel/recyclage/le-recyclage-des-deee-empoisonne-la-chine-linde-2915

http://controverses.ensmp.fr/public/promo12/promo12_G20/www.controverses-minesparistech-20.fr/Page_3.html

http://www.metronews.fr/high-tech/pour-diminuer-votre-stress-ne-consultez-vos-mails-que-trois-fois-par-jour/mnlo!IvCe1TqKWCtGo/

  • Réduire l'impact environnemental des TIC

http://www.culturemobile.net/questions-ethique/deee-mode-emploi

http://france3-regions.francetvinfo.fr/cote-d-azur/2014/11/17/la-ville-de-cannes-recupere-les-telephones-portables-inutilises-pou-rle-telethon-593862.html

http://www.achetonsdurable.com/informatique/informatique

http://www.greenpeace.org/international/en/campaigns/climate-change/cool-it/Campaign-analysis/Guide-to-Greener-Electronics/

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/changement-climatique-l-onu-souligne-le-cout-d-une-action-trop-tardive_1314923.html

http://www.developpement-durable.gouv.fr/Presentation-du-GIEC.html

http://www.lemag-numerique.com/2015/05/7394-7394

  • Aspects légaux

http://www.hygiatech-services.com/prestations/depollution-des-environnements/enlevement-et-recyclage-de-materiel-informatique?gclid=CKfb59_kk8QCFW3LtAodO3EAkg

http://www.culturemobile.net/questions-ethique/deee-mode-emploi

http://www.assemblee-nationale.fr/14/rapports/r2230-tI.asp

http://www.greenpeace.org/international/en/campaigns/climate-change/cool-it/Campaign-analysis/Guide-to-Greener-Electronics/

  • Les Eco-Labels

http://www.rsenews.com/public/dossier_eco/norme-ecolabels.php?rub=1

http://france-it.fr/label-enr-entreprise-numerique-responsable.html