Entretien avec Thierry Borde autour de question des médias citoyens

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Cet entretient répond aux principales questions que l'on se pose lorsque l'on commence à s'intéresser aux médias citoyens


Interview vidéo réalisé par O2 zone à l'occasion des rencontres VDPQ à Orléans


c'est quoi la définition d'un "média citoyen" ?

Schématiquement, un média citoyen peut se définir grâce aux deux termes qui les désignent : c'est un média, c'est à dire une structure de presse destinée à produire et diffuser de l'information selon une ligne éditoriale et respectant la déontologie journalistique. Et il est citoyen dans le sens où il ne considère pas le média uniquement comme une fin en soi mais comme un outil au service du territoire dans lequel il est ancré. C'est pourquoi les médias citoyens sont essentiellement des médias locaux. Associatifs ou coopératifs, ils se reconnaissent d'ailleurs dans l'esprit d'une économie sociale et solidaire ancrée dans le local. La formule « Penser global, agir local » les caractérise d'ailleurs très bien. Ils ont pour objectif de produire une information autrement, hors des circuits commerciaux et financiers traditionnels, au service de l'intérêt général et non au service d'intérêts publicitaires. Dans la pratique quotidienne de ces média, la presse écrite, la radio, la télévision deviennent des outils d'éducation populaire, de participation et d'émancipation citoyenne.


pouvez vous me donner un ou plusieurs exemples de médias citoyens ?

J'aurais envie d'en citer beaucoup trop ! Je vous renvoie plutôt au site internet mediascitoyens.eu

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combien sont ils en France ?

Beaucoup sans doute. Mais nous ne pouvons répondre à la question. Nous avons mené une étude en Rhône-Alpes qui a permis d'en identifier … Mais nous sommes sûrs aussi que cette liste n'était as exhaustive et qu'elle a dû évoluer depuis. Seules les radios associatives qui diffusent sur la bande fm sont clairement répertoriées au niveau national. Il en existe … en France dont .. en Rhône-Alpes.


comment fonctionnent ils ?

(organisation, matériels, finances...)

Leur fonctionnement diffère bien-sûr largement sur un tas de points, techniques et matériels notamment, selon qu'il s'agit de de journaux, de radios, de tv ou de « pure players ». Côté finances, une base commune à tous : ils sont médias d'intérêt général ancrés sur leurs territoires, de ce fait ils bénéficient généralement de subventions des collectivités locales. Par ailleurs, ils vendent parfois des prestations, font parfois de la publicité. Les radios associatives qui diffusent sur la bande FM ont un statut particulier : reconnues comme radio de « communication sociale de proximité », elles sont financées par un fonds national : le Fonds de Soutien à l'Expression Radiophonique (FSER).


pourquoi parle t on aujourd'hui de "médias citoyens et numérique" ?

(qu'est ce qui change avec le fait que la technologie soit de plus en plus numérique ?)

On peut aujourd'hui avoir plusieurs raisons pour parler de "médias citoyens et numérique" : la première pourrait évoquer l'évolution des techniques de productions de tous les médias depuis les années 90. La seconde peut concerner l'évolution des modes de diffusion et des usages des lecteurs – auditeurs – téléspectateurs, avec notamment l'avènement de la TNT, des discussions autour de la Radio Numérique Numérique Terrestre, de l'apparition de nouveaux médias sur le web, la télévision connectée, ou bientôt encore la possibilité de diffuser par IP mobile... Ces deux premières raisons concernent tous les médias en général. Une troisième est plus spécifique à nos familles de médias citoyens. Elle consiste dans la réflexion à porter globalement sur l'avenir de nos territoires à l'heure du numérique. En cela cette réflexion mériterait d'être globale sur chaque bassin de vie, et commune avec l'ensemble des acteurs de la société civile qui agissent localement au nom de l'intérêt général (tissu associatif, éducation populaire, économie sociale et solidaire, collectivités locales etc). Et enfin, nous en parlons parmi nous aussi beaucoup ces derniers temps, car nous avons souhaité entamer ce travail de réflexion avec d'autres acteurs, ceux de la médiation numérique - généralement les EPN - qui accompagnent les habitants aux usages du numérique. Ce type de médiation est particulièrement complémentaire de celui de nos médias et nos convergences sont à concrétiser sur le terrain.


les outils et les services numériques sont ils une fin en soi ?

(tout le monde peut techniquement faire lui même un média citoyen depuis sa maison ou son travail)

Si un média citoyen se définit à la fois comme un média de presse, par son statut associatif, comme média agissant sur son bassin de vie avec les habitants pour favoriser leur expression, alors il me semble difficile d'imaginer sa confection solitaire chez soi, derrière son ordinateur. Un média citoyen repose nécessairement sur un fonctionnement collectif. Grâce au web, on peut en effet se faire plaisir, ouvrir un blog, s'exprimer, participer à des plate-formes d'expression, techniquement il s'agit aussi de médias. Mais si on parle de médias citoyens ou de média de presse en général, il convient de souligner qu'ils sont autre chose que la simple somme d'expressions individuelles. Ils se réfèrent à la déontologie journalistique, possèdent une ligne éditoriale, font contribuer plusieurs professionnels à leurs programmes, développent des actions participatives avec les habitants selon des modèles économiques spécifiques. Donc premier constat, tout le monde ne peut pas faire un média citoyen seul chez soi, un média citoyen est d'abord et avant tout une démarche partagée par des citoyens dans un territoire de vie.

D'autre part, il me choque que l'on puisse considérer les outils et services numériques comme un fin en soi dans le sens où, même si l'on imagine un accès véritablement universel à ceux-ci, on ne peut faire semblant de croire à l'égalité devant les productions de contenus. Cela reviendrait à dire que nous vivons dans une société qui assure un accès égal pour tous à la culture et au savoir. Mais nous savons que ce n'est pas le cas. D'où l'importance donnée par les médias citoyens aux processus d'éducation populaire. Comment imaginer la participation et l'expression égale de tous sans éducation populaire ?


pourquoi essayer de fédérer ces médias citoyens depuis quelques années ?

(quels sont vos objectifs dans cette démarche ?)

Nous sommes de « petits » médias locaux et bien peu reconnus, sinon localement. Le premier objectif est donc d'être plus forts ensemble, plus visibles, plus reconnus. Cette première base permet ensuite de construire de nombreux projets. D'une part, le numérique a obligé chaque acteur à changer sa perception du média, de la production à la diffusion. Force est de constater que l'idée selon laquelle le son appartient à la radio, l'image à la télé et le texte aux journaux papier est dépassé. Dans ce contexte, travailler sur la complémentarité de nos médias et de leurs techniques sur nos territoires à l'heure du web 2.0 a vraiment du sens ! De plus, les médias citoyens ne se situant pas dans une logique commerciale et publicitaire, ils produisent fréquemment des contenus riches, sans préoccupation de format, sans rien avoir d'autre à vendre que du savoir et du lien social. Ces contenus mis en réseau peuvent représenter la plus riche médiathèque des territoires !


Merci pour ces réponses et maintenant...


je vous donne des exemples et vous me dites si c'est une démarche de média citoyen ou pas... d'accord ?

3 étudiants publient sur un blog dédié aux jeux vidéos qu'ils adorent. Ils publient régulièrement des tutoriels, anime le forum d'entre aide et propose en téléchargement des démos gratuites et/ou libres.

Ils ont une démarche collaborative intéressante. Après si média il y a dans ce cas, il s'agit éventuellement du blog sur lequel il publie. Mais qu'un blog dédié aux jeux vidéos se définisse comme média citoyen... je ne vois pas vraiment ! Par contre, ils pourraient tout à fait proposer d'intégrer leurs créations dans les programmes d'un média proche de chez eux.


1 retraité publie sur un blog des billets d'analyses et de critiques sur la "gamification" de notre société. Il anime une soirée à thème chaque premier mercredi du mois sur des sujets autour du journalisme citoyen

Je devrais aller assister à ces soirées afin d'apprendre réellement ce que l'on entend lorsqu'on parle de journalisme citoyen... Je vous renvoie à la définition que je donnais plus haut. Il existe des médias citoyens thématiques, alors pourquoi ne pas imaginer le thème de la « gamification », de plus en animant des soirée le retraité de cet exemple donne à son projet un ancrage local, mais si cela consiste uniquement à se créer une tribune à lui seul dans son blog il ne s'agit pas réellement d'une démarche de média, mais d'expression individuelle.

1 association film un colloque en live sur internet et anime un open-plateau pour interviewer les VIP à la sortie des ateliers, un média citoyen peut il avoir cette démarche ?

Une association peut avoir cette démarche en partenariat avec un média qui l'intègre dans ces programmes. Ou bien elle peut décider de mettre en place cette forme de diffusion éphémère par elle-même. Il ne faut pas confondre la technique du média et le média. Si le sujet s'intègre dans les programmes d'un média, quel qu'il soit, il passe par le prisme du traitement éditorial du média. Si il est simplement l'expression de son producteur, en l'occurrence une association, il s'agit simplement de communication je pense. Un open-plateau version média citoyen, c'est aussi un procédé participatif, ce n'est pas qu'un lieu de rencontre pour VIP !



cet entretien à été réalisé dans le cadre du module "les médias citoyens dans un processus de démocratie participative" rentrant dans le projet "la démocratie participative à l'ère du numérique